Volume 83, Issue 2: Présence de la mort

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Pages e1-e12, 217-394 (April–June 2018)
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  1. Dossier : Présence de la mort

    1. « Présence multiforme de la mort »

      Pages 217-220
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    2. Psychotraumatisme, « réel de la mort » et travail psychique infantile sur la mort

      Pages 221-233
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      Résumé
      Objectifs

      Dans ce texte, il s’agit d’établir un lien possible entre le développement d’un psychotraumatisme chez certains sujets et la constitution, dans l’enfance, d’un savoir faisant de la mort un pur anéantissement, par lequel le sujet disparaît non seulement dans sa chair, mais aussi et surtout de la pensée de ses proches. En effet, ce savoir constitué dans l’enfance viendrait empêcher qu’advienne un processus psychique majeur : le travail sur la mort. Or, ce travail psychique, qui accompagne la découverte de la mort comme étant universelle et irréversible, constituerait une matrice fondamentale pour tout traitement psychique ultérieur des traumas, souvent envisagés comme rencontre avec le « réel de la mort », dans la mesure où il permet au sujet de s’inscrire dans une continuité qui dépasse les limites de sa seule existence. Il s’agit donc, dans ce texte, d’étudier à la fois l’importance de ce travail infantile sur la mort, les conséquences psychiques de son échec et la constitution, parfois, d’un savoir précoce sur une mort-silence, susceptible d’être actualisé lors d’un événement traumatogène ultérieur.

      Méthode

      Dans un premier temps, c’est à partir du travail psychothérapique avec deux enfants de 4 et 4,5 ans que sont présentées les différentes étapes du travail infantile sur la mort, et les processus inconscients qui le caractérisent. Puis, dans un second temps, l’évocation de deux patientes (préadolescente et adulte) permet d’appréhender les conséquences psychiques de l’échec de ce travail. Parallèlement, sont questionnées les formations psychiques singulières (position identificatoire, figures temporelles) qui accompagnent la constitution d’un savoir sur une mort sans parole ni mémoire.

      Résultats

      Face à la découverte de la mort et de ses réalités, le travail sur la mort conduit paradoxalement l’enfant à un renforcement de son sentiment de continuité d’exister. Il s’agit notamment pour lui de retraverser la position dépressive venant accompagner ce deuil par anticipation. Au final, ce processus lui permet de se situer dans une lignée générationnelle et de constituer la mémoire (la sienne et celle des autres) comme refuge narcissique par-delà la mort. Or, différentes histoires montrent que certains sujets n’ont pu se constituer un tel abri et que la mort s’est imposée à eux comme anéantissement pur, sans que rien de la vie ne puisse survivre à la mort. L’on découvre ainsi que la rencontre avec le « réel de la mort » s’impose à certains sujets comme l’actualisation de cette certitude et par conséquent comme l’assurance de leur propre anéantissement et parfois même comme la confirmation du fait qu’ils sont morts depuis toujours.

      Discussion

      À partir de ces différents éléments, on peut s’interroger en premier lieu sur les écueils que rencontre l’enfant dans ce travail sur la mort. En effet, certains ne sont-ils pas contraints de le suspendre face à un entourage qui refuse ou évite (d’autant plus si l’enfant est jeune) de parler de la mort, de sa mort ou qui l’élude par un discours religieux ? Quels effets produisent alors ces interruptions ? Engagent-elles, elles aussi, des scénarii ayant force de certitudes ? Produisent-elles des déformations temporelles ? Enfin, on peut se demander ce qui permet à l’enfant de reprendre ultérieurement ce travail pour le mener à terme ? Il serait également intéressant d’interroger les conditions qui permettent à ce travail de s’engager dans le cadre de la relation transférentielle et s’il ne surgit pas, parfois, dans l’ombre du travail qui accompagne la fin de certaines cures, bien après qu’aient pu être déconstruites les certitudes aliénantes de l’enfance.

      Conclusion

      Au fil de ces rencontres cliniques, on voit que le travail infantile sur la mort est avant tout un travail de liaison entre la vie et la mort qui participe de façon majeure au sentiment de continuité d’exister. Se constitue ainsi une matrice qui, par la suite, permettra la remise en route d’un travail de symbolisation, capable de réinscrire la temporalité dans le corps du langage, et conduisant le sujet à retrouver les limites que le trauma avait disloquées. À l’inverse, quand ce travail n’a pas pu avoir lieu, le plus souvent en lien avec une histoire familiale traumatique, se crée la certitude d’une mort qui coïncide avec une chute hors de l’espace psychique de l’autre et donc avec une pure néantisation. C’est l’actualisation de telles certitudes lors de la rencontre du « réel de la mort » qui entraînerait alors le développement d’un psychotraumatisme ; le sujet ayant subi un processus identificatoire intolérable puisqu’il se voit confirmer sa non-existence ou sa mort advenue depuis toujours, qu’elle prenne la forme d’un désinvestissement par l’autre ou, autre exemple, celle d’un meurtre.

    3. Stress post-traumatique et liens d’attachement chez l’enfant atteint du cancer : revue de littérature

      Pages 235-250
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      Résumé
      Introduction

      De nombreuses études montrent que l’annonce d’une maladie chronique comme le cancer infantile est bien souvent vécue comme une épreuve pour l’enfant et son entourage. L’enfant, non armé face à cette menace de mort soudaine, va devoir faire face à des changements immédiats, mais aussi ultérieurement, une fois la phase de rémission passée. L’objectif de cette étude est de constater s’il y a mise en place d’état de stress post-traumatique et de symptômes de stress post-traumatique associés chez l’enfant atteint de cancer dès lors que le diagnostic est posé, et voir si des modifications des liens d’attachement aux proches, notamment avec la mère, vont s’opérer.

      Méthode

      Une revue systématique de la littérature a été réalisée en croisant les mots clés suivants : oncologie pédiatrique ; cancer infantile ; états de stress post-traumatique ; ESPT ; ainsi que leurs équivalents anglais. Seuls les articles traitant du cancer infantile et des conséquences sur la vie de l’enfant, publiés en français et en anglais, ont été conservés puis analysés.

      Résultats

      Au total, 20 articles ont été retenus. Il en ressort que, face au cancer, fréquemment, des enfants déclarent un état de stress post-traumatique, et que nombre d’entre eux développent des symptômes de stress post-traumatique associés. De plus, leurs liens d’attachements aux autres enfants et à leur entourage se retrouvent impactés, et notamment celui avec la mère.

      Discussion

      Une prise en charge précoce, par des professionnels de santé sur des aspects psychologiques engendrés par le cancer de l’enfant pourrait être intéressante. La visée serait de diminuer l’apparition de certains symptômes et des conséquences négatives dans la vie de l’enfant atteint du cancer.

      Conclusion

      Les enfants atteints de cancer présentent un risque plus élevé de développer un ESPT et/ou des SSPT, comparativement à leurs pairs d’âge sains. Ce risque est d’autant plus accru si l’enfant présente certains facteurs (âge, soutien social, représentations et croyances…), et aura des impacts sur sa vie future et son développement.

    4. Délire paranoïaque de revendication et passages à l’acte justiciers

      Pages 251-273
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      Résumé
      Objectifs

      Cette recherche clinique interroge la logique qui sous-tend le délire paranoïaque de revendication, plus spécifiquement dans ses formes quérulentes et pseudo-altruistes. Elle questionne la causalité et les fonctions psychiques remplies par les passages à l’acte justiciers et meurtriers qui peuvent en dériver.

      Méthode

      L’auteur étudie les textes de la littérature psychiatrique française portant sur le délire de revendication. Il mobilise les apports lacaniens sur la structure des psychoses pour en analyser la clinique et use de plusieurs cas afin de préciser les particularités de cette forme de délire systématisé de persécution. S’orientant de la clinique de l’acte, il précise le statut et les motivations subjectives des crimes ou tentatives d’homicides qui, parfois, en résultent.

      Résultats

      Le délire paranoïaque de revendication s’édifie sur fond d’une perte, réelle ou éprouvée comme telle, d’objet. La revendication délirante dans la psychose procède de ce préjudice de jouissance qui persécute le sujet en raison de la non-symbolisation de la castration et dont il s’éprouve victime ; visé par un complot scandaleux attentatoire à son image et ciblant sa perte en le dépossédant. La quérulence processive à laquelle elle peut donner lieu possède la particularité de s’orienter sur le droit à la jouissance. Les passages à l’acte justiciers en servent également la cause ; s’agissant pour le sujet, dans son recours à l’acte, de mobiliser la loi afin qu’elle réponde de cette injustice fondamentale portant atteinte à sa jouissance et à sa haute représentation de lui-même. Les passages à l’acte meurtriers ou simulacres d’attentat du délire de revendication pseudo-altruiste possèdent la même fonction mais défendent également l’idéal sur lequel le sujet règle son existence.

      Discussion

      En analysant la rigueur du délire des paranoïaques revendicateurs et la solution auto-thérapeutique qu’il constitue, cet article réfute toute analyse négative et déficitaire de la psychose. Contrairement aux études criminologiques s’efforçant d’aboutir, par l’établissement de profils et d’études statistiques, à l’objectivation du meurtre et du criminel, cet article étudie le statut, la fonction et la causalité de l’acte dans l’économie psychique de son auteur à partir de son témoignage afin d’en spécifier les coordonnées signifiantes et la logique subjective. En ce sens, cette contribution est un complément essentiel aux approches psychologiques, psychiatriques et médicolégales actuelles sur les passages à l’acte justiciers et le délire paranoïaque de revendication dont la catégorie clinique est peu discutée ; voire tombée en désuétude.

      Conclusion

      Une réflexion sur la clinique dite des idéalistes de la justice à tendances synthétiques, des réformateurs sociaux, de la doctrine sociopolitique ou religieuse qu’ils élaborent et mettent en acte, au nom de l’idéal, dans le lien social, au prix parfois de crimes contre l’humanité, appelle à se poursuivre. Parallèlement, la question est posée de la normalisation du délire de revendication et de quérulence en regard de la spécificité du lien social contemporain.

    5. De la bouche au nez : les effets psychiques des techniques de chirurgie bariatrique

      Pages 275-286
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      Résumé
      Objectifs

      Il s’agit dans cet article d’interroger les nouvelles pratiques de chirurgie bariatrique dans la clinique de l’obésité puisque les effets qu’elles produisent peuvent s’avérer mystérieux sur le plan organique, parfois problématiques, jusqu’à mettre en échec la démarche thérapeutique initiale. Chez une majorité de patients opérés, l’apparition de modifications olfactives et gustatives à la suite de l’intervention met en lumière le fait que la transformation du corps réel par la chirurgie provoque des effets de remaniements non seulement organiques mais aussi psychiques. Ce bouleversement de l’organisation pulsionnelle et des investissements libidinaux, soutenu par les modifications corporelles, prendrait sa source dans l’actualisation du mécanisme du refoulement « organique » chez le patient opéré. Convoqué par la clinique, ce concept freudien oublié permettrait de tirer des pistes de réflexion pour la compréhension théorique et l’amélioration de la prise en charge psychique des sujets en situation d’obésité et opérés d’une chirurgie bariatrique.

      Méthode

      Les patients rencontrés ont été opérés d’une chirurgie bariatrique de type Sleeve gastrectomie ou de type Bypass gastrique. Il a été proposé aux patients de parler de leur expérience de la chirurgie bariatrique et du retentissement des modifications corporelles sur leur comportement alimentaire, sur leur rapport au corps et sur leur rapport à l’autre.

      Résultats

      Les modifications psychosensorielles post-chirurgicales attesteraient de l’actualisation du processus de refoulement « organique » et du remaniement de l’organisation pulsionnelle qui lui est connexe. La coupure du corps réel provoquée par ce type d’intervention va avoir des incidences sur le refoulement « organique » qui va s’actualiser et se renforcer chez le sujet opéré. Les représentations qui, avant l’intervention, amenaient le sujet vers un plaisir organique et psychique auto-érotique vont être ainsi réprimées du champ de la conscience car les conditions d’accès à ce plaisir érogène ont été modifiées. Les objets, notamment alimentaires, qui se liaient par association à ces représentations refoulées, seront perçus consciemment par le sujet comme vecteurs de déplaisir. Ces objets, auparavant source d’un certain plaisir érogène pour le sujet, vont ainsi devenir objets de dégoût et de répulsion après la survenue des changements corporels.

      Discussion

      Les changements olfactifs et gustatifs dans la perception des aliments représenteraient non seulement l’impact de la chirurgie sur la vie psychique du sujet opéré, mais signaleraient paradoxalement que derrière les aliments qui « refoulent » et qui sont maintenant mis à distance par le sujet se cacherait en réalité ce qui a été refoulé psychiquement lors de l’actualisation du refoulement « organique ». Ces modifications psychosensorielles sélectives et les relations alimentaires particulières qui sont visées par ces changements semblent être régulièrement mises en lien par les patients eux-mêmes avec certains aspects de leur histoire personnelle et intime, avec des souvenirs ou des représentations d’évènements dans lesquels la sexualité infantile s’est retrouvée dans l’écueil, parfois traumatique, du rapport à l’autre. La verbalisation de ces souvenirs-écrans, convoqués depuis ces changements perceptifs sélectifs issus de l’actualisation du refoulement « organique », ouvrirait ainsi une nouvelle voie d’accès vers l’élaboration d’une vérité subjective inconsciente pouvant, par ailleurs, être en lien avec l’édification de la construction symptomatique de l’obésité.

      Conclusion

      Cette étude souligne l’importance du refoulement « organique » pour penser ces modifications psychosensorielles sélectives après la chirurgie bariatrique et pour comprendre le réaménagement psychique conduisant à ces changements du comportement alimentaire. Il conviendrait de prendre en considération l’impact des éléments spécifiques présents dans la construction symptomatique de l’obésité (oralité, image du corps, structuration familiale), en fonction de leurs différentes modalités d’expression pour chaque sujet, sur le refoulement « organique » après la modification chirurgicale du corps. Mais il s’agirait également de cerner, dans la construction symptomatique propre à chaque sujet, les formes prises originairement par le refoulement « organique » avant même son actualisation par les effets de la chirurgie bariatrique. Ces deux étapes (pré et post-opératoire) sont essentielles pour la compréhension des éléments psychiques conduisant à un échec thérapeutique dans le traitement chirurgical de l’obésité, afin d’améliorer les soins et de limiter une rechute de la maladie.

    6. La fixation anale dans la paranoïa. Un cas clinique exemplaire et ses prolongements théoriques

      Pages 287-303
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      Résumé
      Objectif

      Cet article se donne pour but d’illustrer la spécificité de la valence anale dans le délire paranoïaque (délire de persécution). Il s’agit par-là de discerner la valeur des apports de Karl Abraham sur un critère permettant le diagnostic différentiel entre la paranoïa et la schizophrénie.

      Méthode

      Une étude des textes de Freud et de ses premiers continuateurs permet de souligner combien ils ont accordé d’importance à la valence anale dans la paranoïa. Les auteurs s’appuient sur un cas clinique ayant valeur d’exemplarité pour mieux saisir la portée, la place et le rôle de la dimension anale dans le fonctionnement psychique du sujet. L’importance d’une idée de « viol homosexuel » pour le patient dont il est question est mise en exergue. Ses protocoles Rorschach sont étudiés afin de déceler la manière dont la valence anale s’y traduit.

      Résultats

      Nous mettons en évidence la fixation anale comme un indicateur primordial dans la paranoïa. Ce critère permet de distinguer la paranoïa de la psychose maniaco-dépressive (bipolarité) et de la schizophrénie.

      Discussion

      Cet article ouvre sur la recherche de critères différentiels entre paranoïa et schizophrénie. Il montre aussi combien il importe d’établir une nette distinction entre l’homoérotisme pré-œdipien qui transparaît dans la paranoïa et l’homosexualité proprement dite (œdipienne, génitale).

      Conclusion

      La valence anale est un critère pertinent pour distinguer la paranoïa de la schizophrénie, mais aussi de la psychose maniaco-dépressive (bipolarité). Elle peut être mise en évidence notamment grâce à l’analyse de protocoles Rorschach.

      Abstract
      Objective

      The very existence of paranoid delusions as distinct from schizophrenic disorders has been widely discussed in recent years. Taking into account these controversies, this paper presents the distinctive features of the anal dimension in paranoid delusion (persecution delusion). The authors aim to show the value of Karl Abraham’s theoretical contribution in the form of a criterion which, he claimed, enabled a differential diagnose between paranoia and schizophrenia. The study of Abraham’s texts also reveals a criterion enabling a differentiation between manic-depressive psychosis (bipolarity) and paranoia. This paper sets out to test the validity of Abraham’s hypothesis by analysing Rorschach protocols of his psychotic patients.

      Methodology

      A close reading of several theoretical texts written by Freud and his first followers shows how important they considered the anal dimension in paranoia to be. In what is still considered as his most important text on paranoid psychosis, the Schreber case, Freud shows that the theme of a passive position in sexual intercourse (equivalent to anal penetration) was central to Schreber’s view of delusion. Besides Karl Abraham, three of Freud’s first supporters, namely Eduard Hitschmann, Johan van Ophuijsen and August Stärke, proposed a detailed description of the anal dimension in some of their paranoid patients. They suggested that, in persecution delusion, an equivalence exists between the paranoid subject’s persecutor and the anal object. The authors focus on an exemplary clinical case so as to better understand the scope, the place and the function of anal factors within a paranoid person’s psychical functioning. For the patient described, the importance of the idea of a “homosexual rape” is underlined. The subject’s whole delusion revolves around it. It is central to his delusional ideas, where the anal dimensions are further illustrated by the results of projective tests. The Rorschach protocols are closely examined so as to discover how they reflect the anal dimension within this paranoid patient’s mind. We also note the need to avoid confusion between the purportedly homosexual ideas of psychotic patients (which, in fact, mostly boil down to homoeroticism) and homosexual orientation properly speaking (which cannot be considered as a disorder). While psychotic homoeroticism stems from a fixation at the anal, pre-œdipal stage, homosexuality constitutes a post-œdipal, genital sexual orientation in its own right. Whereas homosexuality is directed towards an external, self-sufficient object, homoeroticism is directed towards a narcissistic image that remains halfway between the subject and the other. The anal dimension of homoeroticism mostly shows in paranoid patients; it is not an attribute of homosexuality proper.

      Results

      The results show that anal fixation is a major indicator for paranoia. This criterion makes it possible to distinguish it from manic-depressive disorder (bipolarity) and from schizophrenia. In manic-depressive disorder, says Karl Abraham, the patient has fully introjected his love-object, whereas in paranoia, the love-object has been incompletely introjected, which creates a strong ambivalence that is reflected by the patient’s behaviour. In contrast, in schizophrenia, the love-object has not been constituted as distinct from the patient; the patient remains at a pre-ambivalent stage. Whereas the paranoid patient tries to get rid of the (incompletely introjected) object, the schizophrenic patient feels under threat of being devoured by the love-object. In paranoid patient’s Rorschach protocols, the ambivalence towards the object and its anal dimension shows through references to “dirty” animals or objects (“a petrol pit”, “a hog”, “a rat”). These patients harp on the “backside” or the “bottom” of the body. Finally, the male sex is described as aggressive, dangerous, and likened to “a knife”. In schizophrenia, in contrast, Rorschach protocols reflect fears of being devoured, with the mention of “jaws”, “crocodiles” and other such items.

      Discussion

      This study encourages future quantitative research on the topic of differential indicators for paranoia and schizophrenia. It tends to prove that paranoid delusions cannot be fully assimilated to schizophrenic disorders. Karl Abraham’s differential criteria, based on clinical evidence, could be usefully confronted to Rorschach protocols in greater depth.

      Conclusion

      The anal dimension constitutes a valid criterion making it possible to distinguish paranoid disorders from schizophrenia, and also from manic-depressive psychosis (bipolarity). This dimension can be clearly brought to light by analysing psychotic patient’s Rorschach protocols.

      From mouth to nose: Psychic effects of bariatric surgery procedures

      Pages e1-e11
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      Abstract
      Objectives

      This study aimed to investigate the new practices of bariatric surgery in the clinical treatment of obesity, since the effects produced by these procedures are organically enigmatic, sometimes problematic, and may cause treatment failure. Thus, in many operated patients, the psychosensory changes following surgery, such as olfactory and taste mutations (from “pleasure” to “displeasure”), show that these technical transformations of the body cause organic, and also psychic reorganizations. These disturbances in instinctual organization and in libidinal investments, underpinned by profound bodily changes, seem to originate from the re-contextualisation of the mechanism of “organic” repression in the patient. Derived from clinical practice, this forgotten Freudian concept raises points of interest for the theoretical understanding and improvement of the psychic management of patients with obesity undergoing bariatric surgery.

      Method

      The patients investigated were treated with bariatric surgery, including Sleeve gastrectomy or Roux-en-Y Bypass. They were asked to comment on their experience of bariatric surgery and on the impact of the body changes on their eating behaviours, their relationship with the body and with others.

      Results

      In most of the patients, bariatric surgery brought about olfactory and taste changes. These psychosensory changes seem to attest to a re-contextualisation of the process of “organic” repression and to a restructuring of the associated instinctual organization. In these patients, cutting into the reality of the body appears to have an impact on “organic” repression, which is reshaped, re-contextualised and reinforced for most of the operated subjects. Consequently, the representations that, before surgery, brought the subject organic, psychic, auto-erotic pleasure appear to be repressed from the field of consciousness because the conditions underpinning access to this erotic pleasure have been altered. Therefore objects, in particular food items, which are bound by association to these repressed representations, could be consciously perceived by the operated subject as vectors of displeasure. These objects, previously providing erogenous pleasure, will thus become sources of disgust and repulsion following the bodily changes.

      Discussion

      The olfactory and gustatory modifications in the perceptions of food observed after bariatric surgery underline the impact of this procedure on the psychic life of these patients. Behind the “disgusting” foods now pushed away could lie what was repressed when the “organic” repression was re-contextualised. These selective psychosensory changes and the dietary relationships affected by these changes seem to be regularly linked by the patients themselves to certain aspects of their personal and intimate history, including memories or representations of events in which infantile sexuality was confronted with the pitfalls of relationships with others. The verbalization of these screen-memories, appearing after these selective perceptive changes and resulting from the re-contextualisation of “organic” repression, could thus open a new path of access to the elaboration of unconscious subjective truths, which may be linked to the elaboration of the symptom construction of obesity.

      Conclusion

      This study underlines the importance of the notion of “organic” repression to approach these psycho-sensory changes after bariatric surgery and to understand the psychic reorganization leading to changes in eating behaviours. It is important to consider the impact on the process of “organic” repression of the specific elements present in the symptomatic construction of obesity (orality, body image, family structure), according to their different modes of expression for each subject, following surgical modification of the body. In addition, it is important to understand the forms originally taken on by “organic” repression, before its reshaping or re-contextualisation by the effects of bariatric surgery, in the light of the specificity of the symptom construction of each subject. These two pre- and post-operative steps are essential in the understanding of the psychic elements leading to therapeutic failure in the surgical treatment of obesity, in order to improve quality of care and to limit relapses.

    7. « On bat un vieillard » : une figure des fantasmes de fustigation dans le grand vieillissement

      Pages 305-312
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      Résumé
      Objectif

      Cet article se propose d’examiner les enjeux psychiques des fantasmes de maltraitance qui s’expriment parfois avec insistance dans le discours de certaines personnes âgées confrontées à une situation de dépendance.

      Méthode

      À partir d’une compréhension psychodynamique du fonctionnement psychique adossée à deux évocations cliniques, l’étude des représentations mettant en scène un « vieillard battu » permet de repérer les modalités singulières de traitement des problématiques de castration et de passivité réactualisées dans les relations d’aide et de soin.

      Résultats

      La prégnance du fantasme de fustigation « on bat un vieillard » apparaît ainsi comme une tentative de liaison de l’excitation suscitée par la difficile confrontation à la position passive, et montre que l’acuité de la question narcissique dans le grand vieillissement n’obère pas la conflictualité œdipienne et les problématiques d’identifications sexuelles, qui trouvent là un lieu de réactualisation majeure en même temps qu’une occasion de reprise élaborative.

      Discussion

      Ces considérations conduisent à envisager les spécificités psychopathologiques de la rencontre avec la dépendance dans le grand âge à la lumière des tensions entre la réalité interne et la réalité externe, au risque sinon de dissoudre l’écart entre le contenu manifeste de la dépendance, imputable notamment à l’actualité événementielle biologique et sociale, et le contexte psychique par lequel il est ressaisi.

      Conclusion

      Cette étude souhaite attirer l’attention, derrière l’évidence des rapports sociaux de domination, sur les aménagements masochistes et mélancoliques de la passivité susceptibles de s’exprimer à travers cette configuration fantasmatique.

    8. La maladie d’Alzheimer, d’une création nosographique à une logique de prévention

      Pages 313-331
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      Résumé
      Objectifs

      Il s’agit de reprendre la question du diagnostic « démence type Alzheimer », et de mettre en lumière les limites de cette catégorisation nosographique, voire son inconsistance. L’objectif est de dévoiler le paradoxe existant de fait avec les recommandations des autorités de santé, notamment les mesures préventives et thérapeutiques, de type stimulation ou rééducation, qui y sont associées. Notre visée est de montrer la place que cela laisse à une clinique du sujet.

      Méthode

      Une revue de littérature d’une diversité scientifique – rassemblant les domaines de la sociologie, la psychiatrie, la neuropsychologie, ou les sciences politiques – nous sert à préciser ce que recouvre le concept « maladie d’Alzheimer », tant en ce qui concerne son historique, sa définition médicale, que sa transformation sociale.

      Résultats

      Nous relevons que cette dite maladie repose à l’origine non sur une véritable découverte scientifique mais sur une invention nosographique. Une observation de cas paraissant plutôt curieux, dont la spécificité pathologique était mise en doute, voire déniée par Aloïs Alzheimer lui-même, est devenue un siècle plus tard une maladie extrêmement fréquente, aussi perçue comme « la maladie du siècle ». Les incessants changements de définitions au fil des années et des nosographies – dont la distinction avec la démence dite « sénile » a été l’objet de questionnements – ainsi que les critiques de plus en plus nombreuses portant sur les hypothèses au sujet de l’étiologie neurobiologique, soutiennent le constat d’une création nosographique. Les recherches postulant que ce diagnostic est le résultat d’une construction sociale sous-tendue par des logiques économiques et politiques (celles qui désignent Alzheimer comme un « fléau à combattre »), ainsi que par le modèle biomédical de nos sociétés occidentales, vont également en ce sens. C’est par ailleurs dans ce contexte, et seulement depuis la dernière décennie, que l’on voit apparaître une distinction entre différents stades de cette dite maladie, dont le « stade préclinique », asymptomatique, qui étaye la visée de prévention et de dépistage des autorités de santé.

      Discussion

      Si la notion de « maladie d’Alzheimer », en tant qu’entité homogène causée par des facteurs moléculaires, commence à être remise en question, cela ouvre la possibilité d’étudier les états hétérogènes se manifestant dans le cadre large du vieillissement cérébral et cognitif. Cela implique également, par conséquent, de réinterroger la différence entre un vieillissement « normal » et « pathologique ».

      Conclusions

      « La maladie d’Alzheimer est un mythe ». Voilà ce que laissent transparaître diverses études. Le problème est que ce diagnostic tend à effacer les sujets dans leur singularité. Or, pour l’accompagnement des personnes âgées dans notre société, il s’agit d’un enjeu éthique et déontologique de prendre la mesure de l’incohérence de ces mesures préventives et thérapeutiques, et de pouvoir laisser une place à une clinique du sujet.

    9. Les organes endommagés dans la constitution de l’image de l’esprit

      Pages 333-342
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      Résumé
      Objectif

      Cet article tente d’apporter une clarification du rapport entre la pathologie des organes et les images des organes connexes. Dans ce type de construction c’est comme si l’esprit se retrouvait en face d’une paréidolie à genèse interne. Comme l’inadaptation, les paréidolies subissent des transformations quand l’organe est endommagé ; on pense que le sujet a une distorsion dans la production des images. Dans ce travail, nous avons comparé deux maladies très différentes : une maladie de la peau (psoriasis) et une maladie du cœur (coronaropathie). Voici l’hypothèse que nous proposons.

      Méthode

      La méthode qui se rapproche le plus de notre but interprétatif est celle de Rorschach, d’après les études de Rauch de Traubenberg à travers lesquelles il est possible de comprendre la représentation du Soi et du corps. Cette méthode, en dehors des simples buts nosographiques, s’approche bien de la complexité subjective de la souffrance somatique et donc psychique du psoriasis et des patients cardiaques.

      Résultats

      L’aspect inadapté de la souffrance mentale suscitée par les objets psychiques endommagés se dégage de l’analyse des protocoles des groupes d’observation. Ceci est compréhensible par une représentation du soi et du corps. Les sujets psoriasiques sont plus compromis dans la représentation du Soi, tandis que les sujets ayant subi un infarctus ont une plus grande fragmentation de la représentation du corps.

      Discussion

      Malgré la différence de la représentation des organes endommagés et les spécificités dans les différentes grilles, il semble clair que la tentative de représentation, influencée par l’organe endommagé, a des effets d’inadaptation.

      Conclusions

      Les résultats suggèrent que les possibilités de générer des représentations du monde intérieur sont fortement influencées par des problèmes somatiques, invalidants en termes existentiels.

    10. Pour une clinique différentielle des psychoses et des usages du pharmakon. Les cas particuliers de la schizophrénie et de la mélancolie

      Pages 343-354
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      Résumé
      Objectifs

      Cet article interroge l’automédication, la toxicomanie et leurs effets ambivalents, ce qui justifie de réhabiliter le concept de pharmakon. Plus spécifiquement, il s’intéresse aux façons dont le sujet schizophrène et le sujet mélancolique traitent avec lui leurs problématiques psychiques respectives.

      Méthode

      Une fois l’usage des psychotropes replacé dans son contexte culturel, cette recherche procède, dans une perspective psychanalytique, à l’analyse théorico-clinique de situations de patients schizophrènes et mélancoliques à différents stades de la prise en charge psychothérapique.

      Résultats

      L’usage de psychotropes permet au sujet schizophrène de substituer au déploiement d’un délire paranoïde la scénarisation d’un fantasme, et au sujet mélancolique de réactualiser un processus de deuil en suspens. À chaque fois, la prise à partie de l’Autre dans le transfert permet à la pulsionnalité de trouver un autre destin.

      Discussion

      L’aspect transgressif de l’usage de psychotropes n’a pas la même fonction dans la schizophrénie où le sujet manque surtout d’altérité que dans la mélancolie où le sujet souffre au premier chef d’une culpabilité existentielle. Mais il permet à chaque fois au sujet de se déloger de la place où il semblait figé, ce qui modifie réciproquement sa relation à l’Autre.

      Conclusions

      La toxicomanie et l’automédication ont des effets ambivalents, ce dont le sujet témoigne à l’occasion d’une demande de prise en charge. C’est en lui permettant de subjectiver l’impasse psychique sous-jacente qu’il préférera à l’agir, l’inscription dans le langage et dans le collectif.

    11. Clinique des expériences d’abduction : trauma, clivage et logiques de l’originaire

      Pages 355-379
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      Résumé
      Objectif

      Les expériences d’abduction correspondent à l’impression subjective, habituellement très réaliste et souvent traumatique, d’avoir été en contact ou enlevé par des extra-terrestres. Si ce vécu est davantage rapporté dans les pays anglo-saxons, il tend à émerger dans l’hexagone et interroge le clinicien quant à la nature des processus à son origine. Nous proposons dans ce travail plusieurs hypothèses afin d’éclairer ce vécu original et la manière d’en tenir compte sur le plan clinique. Il s’agit également de déterminer à cette occasion ce que l’abduction nous apprend de manière plus globale sur les logiques de fonctionnement originaires de la psyché.

      Méthode

      Une revue de littérature reprend dans un premier temps les travaux déjà réalisés sur ce sujet. La méthodologie utilisée repose ensuite sur l’analyse de deux cas d’abduction. Les analyses développées reposent essentiellement sur la métapsychologie psychanalytique, à la rencontre de la revue de littérature et du matériel clinique obtenu.

      Résultats

      L’expérience d’abduction apparaît fréquemment à l’endormissement ou lors d’états hypnoïdes diurnes. Elle est parfois remémorée à la suite d’une régression hypnotique ultérieure. Elle semble fréquemment associée, sur le plan neurobiologique, à la paralysie du sommeil. Le sujet se trouve alors paralysé tout en étant confronté à des vécus oniriques prenant la forme d’extra-terrestres. Une dynamique traumatique, liée à une certaine tendance à l’imaginaire est parfois à l’origine de ce vécu, faisant ainsi retour dans la psyché d’une manière déguisée.

      Discussion

      L’abduction ne peut pour autant être réduite à sa nature traumatique, car elle interroge de manière plus globale ce qui, dans la psyché, peut s’avérer inélaborable. En ce sens, l’expérience d’abduction met en lumière certaines caractéristiques des processus originaires, et plus précisément la logique de séduction traumatique implantée au cœur de la psyché du fait de la situation anthropologique fondamentale. Cette expérience permet ainsi de mieux saisir les relations complexes entre réalité psychique et trauma au sens large.

      Conclusions

      Lorsque le praticien sera confronté à ce type d’expériences, il veillera à ne pas les confondre avec un délire et des hallucinations psychotiques, et proposera une approche qui permettra au sujet de faire sens d’un récit fréquemment associé à des éléments de nature traumatique et qui concerne, de manière plus globale, la vie psychique dans ses dimensions les plus originaires.

  2. Actualités de la société

    1. Symposium à la Journées de la SIP

      Pages 380-381
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  3. Hommage à

    1. Marie-Lise Lacas (1933–2017)

      Pages 382-384
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  4. En couverture

    1. Monochrome jaune

      Pages 385-386
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  5. A propos de…

    1. Penser la diversité épistémologique en psychiatrie. À propos de… « Essais d’épistémologie pour la psychiatrie de demain » sous la direction d’Abel Guillen

      Pages 387-389
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    2. Le cas Marcel Petiot. À propos de…. « L’effrayant docteur Petiot. Fou ou coupable ? » de Claude Quétel

      Pages 390-394
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ISSN: 0014-3855

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