Appel à Communication : Numéro 1 – 2020

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Enjeux de la transmission pour la clinique et dans les sciences sociales : formations, informations, transformations.

Ce quatrième colloque Lantéri-Laura a pour point de départ le constat d’une crise de la transmission dans les sciences humaines et sociales comme dans les différentes disciplines cliniques du champ psy. Cette crise a de multiples manifestations. Elle est d’abord une remise en cause de nos institutions, de l’université à l’hôpital, affectant leur capacité à organiser la formation des étudiants. C’est aussi une mutation des cadres épistémiques avec la remise en cause de l’expertise, que ce soit par le mouvement d’Evidence Based Medicine, par la montée des experts profanes ou encore la contestation de la scientificité des sciences sociales. A ces ébranlements s’ajoute par ailleurs la remise en cause des grands programmes intellectuels qui avaient dominé, dans ces différentes disciplines, les savoirs, voire la remise en cause de l’idée même qu’un tel programme soit seulement possible.

Ces bouleversements apparaissent ainsi à la fois comme la remise en cause d’une série de modèles et de leurs acteurs. Classiquement, la psychiatrie reposait sur un modèle qui articulait enseignement théorique et présentation de malades, et mettait en jeu la relation entre le psychiatre et le patient. La psychanalyse a insisté sur le fait que ce n’est pas en analysant des patients que l’on devient analyste mais en faisant soi-même l’expérience d’une analyse, que celle-ci ne peut pas être sanctionnée par un diplôme mais reste interminable, qu’il s’agit moins de gagner (un savoir) que de se déprendre (d’identifications). Les sciences sociales, quant à elles, ont insisté sur l’expérience unique que constituait la confrontation au terrain et sur la réflexivité nécessaire du chercheur pour fonder ses analyses. C’est le sens même de cette expérience spécifique et à bien des égards unique qu’est la formation et de la légitimité qui en découle, qui est ainsi remise en cause.

Si les sciences sociales d’un côté et les différentes disciplines de la clinique du psychisme de l’autre n’éprouvent pas de la même façon ces crises elles se traduisent pour les unes comme pour les autres par une incertitude sur les façons d’organiser désormais la transmission disciplinaire. Qu’est-ce que former et transmettre dans le champ de la clinique comme de la recherche ? Quelle expérience les formations actuelles organisent-elles pour les nouveaux entrants ? Quelles places donnent-elles aux étudiants et aux enseignants ? Comment créer et organiser les espaces de la transmission ? Comment maintenir le sens des institutions au centre de la formation ? C’est à mieux cerner ces questions que vise ce colloque. Il donnera l’occasion à des sociologues et à des cliniciens de dialoguer autour de ces questions.  Une place particulière sera accordée à la question du cas, à ses enjeux épistémologiques et de formation. Le colloque proposera en particulier à ses intervenants de s’interroger sur l’importance pour eux d’une rencontre avec un patient au cours de leur formation.

Les colloques Lantéri-Laura visent à ouvrir un espace interdisciplinaire, entre sciences sociales, psychiatrie, psychanalyse et psychologie, à partir duquel éclairer une série d’enjeux posés par la clinique et à la clinique dans le champ psy. L’œuvre de Georges Lantéri-Laura (1930-2004), à la fois historien et clinicien, a été traversée par l’idée que la clinique psychiatrique était à la fois une méthode de connaissance et un objet pour les sciences sociales, à la fois une façon de comprendre le monde et une pratique située dans ce monde. Dans le prolongement de cette idée, ces colloques cherchent, en croisant les perspectives, à élaborer un point de vue nouveau sur des questions fondamentales pour la connaissance. Il ne s’agit donc pas d’additionner les regards disciplinaires, mais bien de tenter par leur mise en relation, leur fécondation mutuelle voire leur hybridation de susciter une série de déplacements dans les façons de penser. Cette ambition suppose que s’instaure un authentique dialogue entre participants et pour cela que soient mises en place des conditions qui permettent de dépasser les différences disciplinaires des pratiques de communication et de discussions.

Animé par un comité réunissant des représentants de ces différents champs disciplinaires les colloques Lantéri-Laura ont lieu tous les deux ans. Elles sont organisées avec le soutien de l’ASM13, de la société de l’Evolution psychiatrique et de l’EHESS.

Afin de garantir l’anonymat de cette lecture, la procédure de soumission des textes s’effectue sur la plateforme EES d’Elsevier Masson, accessible ici.