Appel à contributions : Numéro « Post-vérité »

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Argumentaire et appel à contributions

Les contributions sont attendues pour le 15 novembre 2020 au plus tard.

Fake news, théories du complot, faits alternatifs, vérité ressentie ou post-factuelle… le vocabulaire de ce qu’il est aujourd’hui convenu de nommer l’ère de la post-vérité s’est diffusé massivement dans le langage politique, médiatique, et dans la recherche en sciences humaines et sociales. 

Elu « mot de l’année 2016 » par le Dictionnaire Oxford, le terme de post-vérité renvoie au phénomène dans lequel les faits objectifs ont moins d’importance, dans la formation de l’opinion, que l’appel aux émotions et aux croyances personnelles. Issu de la sociologie et des sciences politiques, l’usage de ce terme s’est popularisé au moment de l’élection de Donald Trump puis du réferendum sur le Brexit, tous deux marqués par l’usage massif des fake news et des théories conspirationnistes via les réseaux sociaux. 

Mais le succès des utilisations politiques de la post-vérité demeurerait peu compréhensible si ce phénomène ne s’ancrait pas dans une modification globale du rapport à la croyance, au vrai et au savoir. Une attitude de défiance toucherait l’ensemble des figures et institutions porteuses d’un savoir perçu comme officiel, venant remettre en cause la légitimité des discours et informations issus des différents champs du social. En témoignent les remises en causes d’événements historiques par les théories du complot – du négationnisme à l’accusation de mise en scène du voyage de l’homme sur la lune -, le scepticisme touchant le discours scientifique et médical –  climatoscepticisme,  mouvement anti-vaccin, théories de la terre plate -, ou encore, les réécritures conspirationnistes incessantes des événements de l’actualité, massivement diffusés sur les réseaux sociaux depuis le succès des théories alternatives des attentats du 11 septembre 2001. 

L’ère de la post-vérité ouvre donc la question des mutations du rapport subjectif à la croyance, à la confiance, et à la réalité commune et factuelle. Appuyée sur la révolution numérique, elle questionne l’existence-même de faits avérés, susceptibles de garantir la perception d’une réalité partagée. 

Que nous invite-t-elle alors à ressaisir de l’articulation, dans l’économie subjective et dans le lien social contemporain, entre vérité, réalité et fiction ? L’approche psychanalytique est particulièrement à même de venir enrichir et reformuler ces questions, dans le traitement qu’elle propose des notions de vérité historique, de construction, de fiction ou encore d’incroyance. A l’articulation des mutations des subjectivités et du malaise dans la culture, la post-vérité demande de réinterroger la place du fantasme, de la fiction et du mythe, et les destins de leurs articulations. L’imaginaire du complot tient-il lieu aujourd’hui d’une tentative de construction d’un nouveau mythe social, alors même que le régime de la post-vérité semble venir ruiner le registre de la fiction ? 

Au plan clinique et psychopathologique, plusieurs axes de questionnement sont susceptibles d’en découler. 

Peut-on user du lexique et des catégories issus de la psychopathologie pour qualifier le phénomène collectif de la post-vérité ? Les termes de paranoïa, de mythomanie, de paraphrénie confabulante ou encore de déni sont-ils transposables à cette échelle sociale ? 

Du point de vue de la clinique du sujet, cette ère post-factuelle a-t-elle une incidence sur la formation des symptômes, ou sur le discours tenu par les sujets sur leurs symptômes ? Plus largement, qu’il s’agisse de troubles psychiques ou de pathologies somatiques, quelles seraient des incidences, sur le transfert et sur la position du sujet vis-à-vis de la relation de soin, de l’attitude de défiance touchant le « supposé savoir » scientifique et médical ? 

C’est à partir de ces différents questionnements, non exhaustifs, que nous proposons d’ouvrir la réflexion sur ce phénomène de post-vérité, tant pour la clinique psychiatrique que pour la psychopathologie de la vie quotidienne. 

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