Appel à contributions : Numéro « Épistémologie et évaluation »

Pas de commentaire


Argumentaire et appel à contributions

Les contributions sont attendues pour le 15 mars 2021 au plus tard.


L’évaluation a pris place au cœur des processus scientifiques et même de certains phénomènes sociaux à grande échelle. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à penser au déploiement généralisé en 2020 du système de « crédit social » en Chine ou aux inquiétudes sur les collectes de données dans le cadre de la crise sanitaire.  Ne pourrait se targuer de sérieux que ce qui serait mesurable. Que ce soit au sein du comité éditorial d’une revue savante, dans les bases d’indexation, dans les indices bibliométriques qui façonnent la carte d’identité moderne du chercheur, voire les notes et commentaires associés à l’identité numérique du clinicien… Il devient difficile d’imaginer un processus dans le quotidien et même dans l’intimité qui ne fasse pas l’objet d’une évaluation.

De quelles évolutions ces évaluations de tous par tous sont-elles la démonstration ? Dans le champ de la santé mentale, aux controverses sur les bien-fondés rationnels d’une pratique ou d’une entité clinique ont fait suite des batailles chiffrées. L’évaluation est généralement couplée à une volonté de standardisation et de quantification – « ces deux conditions étant, bien souvent, présentés comme seuls critères d’une évaluation scientifique et rigoureuse » (Jardon et al., 2009). Il semble donc impossible d’explorer cette thématique sans activer une vaste réflexion épistémologique sur le statut des savoirs et les pratiques cliniques. La médecine est-elle un art ? La psychiatrie elle-même un art médical ? La psychologie clinique une forme de cette dernière en pleine crise de scientificité ? Et que penser des courants psychanalytiques dont peuvent émerger des rapports critiques à un discours de la science dont le sujet serait forclos (Evrard, 2020) ? 

Les enjeux sont à la fois scientifiques et sociaux. L’inscription pratique des savoirs doit s’accorder avec les exigences tant des responsables de la santé mentale que des usagers et de leurs proches (Fischman, 2009). Le débat prend alors parfois des tournures polémiques, où les arguments techniques et cliniques sont dilués dans des postures morales et idéologiques. Nous appelons, pour ce numéro thématique, au retour à un dialogue critique entre les différentes perspectives. À partir de la traduction française de John P.A. Ioannidis (2005) sur la crise de la reproductibilité en sciences humaines et sociales ; et de celle de Jonathan Shedler (2010) sur l’efficacité de la psychothérapie psychodynamique, nous proposons de réaliser un nouvel état des lieux, croisant des regards contrastés, sur la façon dont différents savoirs cliniques se confrontent au monde de l’expérience. Plus généralement, nous souhaitons interroger la façon même de construire des données empiriques dans le champ clinique et les enjeux philosophiques et sociaux sous-jacents.    

Références

Evrard R. Psychanalyses et science : essai de typologie. Le Coq-Héron 2020, n°240, 128-136.

Fischman G. L’évaluation des psychothérapies et de la psychanalyse. Fondements et enjeux. Masson, 2009.

Ioannidis JP. Why Most Published Research Findings Are False. PLoS Med 2005;2:e124.

Jardon F, Glineur C, Sylin M, Vercruysse N, Fouchet P. L’évaluation standardisée à l’épreuve de la clinique. Bulletin de psychologie 2009, 501(3), 271-278. doi:10.3917/bupsy.501.0271.

Shedler J. The efficacy of psychodynamic psychotherapy. Am Psychol 2010;65:98–109.

Tous les textes envoyés à la rédaction devront impérativement se conformer aux instructions aux auteurs.