Passions prédominantes, consommations préoccupantes, remèdes dévoyés. Ce que dit l’histoire des addictions, par Denis Forest, le 5 mai à 20h.

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Conférence du séminaire d’Histoire de la psychiatrie de Sainte-Anne animé par Y. Craus, C. Fromentin et J. Sinzelle. Le mardi 7 avril 2026 à 20h, amphithéâtre Morel, GHU – Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, 75014 Paris.

« Singerie » de l’artiste belge David Teniers Le Jeune

Dans un article de 1978 qui a fait date, le sociologue Harry G. Levine a proposé que la « découverte » des addictions avait eu lieu dans une aire géographique bien particulière (l’Amérique du Nord), qu’elle avait initialement  été suscitée par l’étude des effets d’un produit et d’un seul (l’alcool), et qu’elle coïncidait avec le remplacement d’une perspective morale par une perspective médicale sur certaines  formes de consommation, dans un contexte historique qui est celui de l’indépendance américaine et du projet d’une société d’hommes libres, rejetant toute tyrannie -celle  d’une habitude funeste, comme celle du pouvoir oppresseur de la couronne britannique.

Dans ma communication, je poursuivrai deux objectifs. Le premier est de présenter l’évolution récente de la littérature historiographique relative aux addictions, en m’appuyant en particulier sur les travaux de Phil Withington (Whitington, 2020 ; Withington, 2022) et sur les résultats du projet européen Intoxicating spaces (2019-2022).  Ces nouvelles recherches impliquent une révision radicale de la proposition de Levine, dont je dégagerai les principaux aspects : en particulier, dans l’Angleterre des contemporains de Locke, comme Thomas Tryon (1634-1703), l’existence de formes conjointes (et non alternatives) de préoccupation (morale, médicale, économique) qui sont dirigées vers l’usage incontrôlé de plusieurs produits, comme le café ou le tabac, et non d’un seul.

Mon second objectif sera de revenir sur le concept de niche écologique d’une maladie mentale, originellement proposé par le philosophe Ian Hacking dans son travail sur la fugue dissociative (Hacking, 1998 ; Hacking, 2002), de discuter la définition qu’on peut en donner et l’usage qui peut en être fait. S’il s’avère fécond dans le cas des addictions d’identifier les différentes dimensions (ou « vecteurs ») d’une telle niche telles qu’originellement suggérées par Hacking (cadre diagnostic, observabilité, cadre évaluatif, dimension fonctionnelle), comme leur transformation à travers le temps, je proposerai de déplacer la caractérisation de la niche écologique du côté des conditions d’existence, et non plus seulement des conditions d’identification ou de représentabilité de la maladie. Ce tournant réaliste invite à prendre en compte, en particulier, à la suite de Withington, les conditions sous lesquelles (commerce, formes de sociabilité, mise en circulation de nouveaux antalgiques) l’occasion de devenir addict à ceci ou cela est donnée. 

Denis Forest, Philosophe et Epistémologue, Professeur des Université, Université Paris 1 et IHPST, Paris,

page personnelle: https://www.pantheonsorbonne.fr/page-perso/dforest

Avec le concours de la Bibliothèque Henri Ey : https://www.ghu-paris.fr/fr/bibliotheque-henri-ey

Conférences ouvertes à toutes et à tous sur inscription

INSCRIPTIONS – INFORMATIONS  Dr C.FROMENTIN : Sainte-Anne.HP.histoiredelapsychiatrie@proton.me – CMP Ph. Paumelle – 11 rue Albert Bayet – 75013 Paris.

Programme du séminaire 2025-26 : https://levolutionpsychiatrique.wordpress.com/2025/09/24/seminaire-dhistoire-de-la-psychiatrie-de-sainte-anne-2025-26/

Anciennes séances à retrouver sur le site YouTube de l’Evolution psychiatrique : https://www.youtube.com/playlist?list=PLbrq7BtEF_-G9xEAeTorGYtgzogYJg7Vt