
Abstract
Dans les années 1840, l’asile public pour aliénés indigents de Hanwell, situé dans la banlieue ouest de Londres, devient rapidement un modèle pour les institutions psychiatriques britanniques. Initialement, la politique de soins innovante mise en place par le Dr John Conolly, dès sa nomination à la direction médicale de l’établissement en 1839, est pourtant loin de faire l’unanimité. C’est notamment son choix du no restraint, soit l’abandon de tout moyen de contention mécanique sur une population asilaire de près de 1000 patients, qui scandalise, effraie et fait débat. Les aliénistes et les réformateurs anglais vont progressivement se laisser convaincre et lui emboîter le pas : le no restraint s’impose alors comme orthodoxie psychiatrique dans la quasi-totalité des institutions publiques ou privées, pour les 30 ou 40 années qui suivent. Le moral management pratiqué à Hanwell s’inspire, entre autres, du traitement moral pinélien, et le très francophile Dr Conolly nourrit l’espoir – qui restera vain – que l’expérience menée dans son asile puisse traverser la Manche et trouver un écho favorable auprès de ses collègues français.
Cette présentation se propose d’analyser la portée majeure de l’expérience de Hanwell dans le paysage psychiatrique anglais du XIXe siècle et de la mettre en regard du rejet paradoxal de ce modèle en France, pays de Pinel et berceau du traitement moral, où la question de la contention est par ailleurs largement débattue. Elle s’attachera également à démontrer les difficultés concrètes de la mise en place de l’abandon de la contention et les obstacles surmontés pour faire de cette méthode thérapeutique fondée sur des valeurs humanistes affirmées une utopie réalisée.

Laurence Dubois est agrégée d’anglais et maîtresse de conférences en études anglophones à l’Université Paris Nanterre. Elle a enseigné l’anglais pendant sept ans dans une clinique psychiatrique pour adolescents et jeunes adultes (Clinique Georges Heuyer, Paris 13ème). Sa thèse de doctorat portait sur l’histoire de la psychiatrie britannique et plus particulièrement sur la dimension sociale et politique de l’asile victorien. Elle a été récompensée par le Prix de thèse des Presses Sorbonne Nouvelle, un deuxième prix de thèse du Comité d’Histoire de la Sécurité Sociale ainsi que par la Société Française d’Histoire des Hôpitaux. Ses recherches actuelles l’amènent à s’intéresser à la prise en charge des aliénés criminels en Angleterre au XIXe siècle et aux débats autour de la notion d’irresponsabilité pénale. Elle est l’auteure de L’asile de Hanwell: un modèle utopique dans l’histoire de la psychiatrie anglaise ?,Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2017.

Conférence dans le cadre du séminaire d’Histoire de la psychiatrie de Sainte-Anne animé par Y. Craus, C. Fromentin et J. Sinzelle. Le mardi 10 décembre à 20h, amphithéâtre Morel, GHU – Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, 75014 Paris.
Avec le concours de la Bibliothèque Henri Ey : https://www.ghu-paris.fr/fr/bibliotheque-henri-ey
Programme complet du séminaire :
INSCRIPTIONS – INFORMATIONS Dr C. FROMENTIN Tél : 06 51 80 96 47 ; clement.fromentin@asm13.org – CMP Ph. Paumelle – 11 rue Albert Bayet – 75013 Paris et sur le site : www.levolutionpsychiatrique.fr
Anciennes séances à retrouver sur le site YouTube de l’Evolution psychiatrique : https://www.youtube.com/@evolutionpsychiatrique4508/videos