
Le circuit de la parole dans le corps – dessin R. Cohen
Dans le cadre du Séminaire Des Idées en psychiatrie organisé par l’ASM 13 en association avec L’Evolution Psychiatrique, le Département de recherche en Ethique de l’Université Paris Sud / Paris- Saclay et l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France.
Conférence en présentiel et en visio-conférence, le jeudi 11 janvier de 18h30 à 20h30, au CMP Paumelle, 11 rue Albert Bayet, salle 103, 75013 Paris.
Conférence à retrouver : https://www.youtube.com/watch?v=NRjnmyYE5JM
Le Dr Reine Cohen est psychiatre et travaille dans le champ de la psychiatrie publique depuis 40 ans, et actuellement au sein de l’ASM 13. Sa pratique psychiatrique est soutenue par trois « P » : Philosophie (ce qui structure un discours comme ordre), Psychanalyse, (ce qui repère une vérité comme désordre du discours) et Poésie (invention de langue conjoignant ordre et désordre), sans oublier la « PharmacoP« , qui prend relais, côté corps (médical), quand le noeud des trois autres se défait. Elle est l’autrice de « Aimez ce que jamais vous ne croirez deux fois ou Le clinicien dans l’entre-deux des nosographies », in Synapse, Avril 1997, n°135.
Argument

A bien y réfléchir, que le titre de ce séminaire qui se tient pour la cinquième année, ait glissé de « Epistémologie de la psychiatrie » à « Des Idées en psychiatrie » ouvre directement la voie à mon propos.
Ce glissement pointe la question de la scientificité, supposée garantir le sérieux des pratiques de notre champ, celui des dites « sciences » humaines. Il faudrait peut-être les nommer plus justement « praxis et disciplines théoriques du parlêtre », au premier rang desquelles la psychanalyse, qui a créé, en particulier sous la forme de la cure-type, un laboratoire où s’expérimente la transmission paradoxale de l’intransmissible.
Si l’on admet que ce champ s’organise autour d’un vide, d’un trou, d’une sorte de vortex réversible où s’engouffre et d’où émerge fugacement ce qui, du réel, échappe au dicible, surgit une question tordue : qu’en est-il de la tension contradictoire entre le mouvement d’apparition évanouissante de l’insu à travers ce vortex et la sédimentation sur son bord de ce qui aura émergé ?
Autrement dit, sous quelle forme ce qui vient à être su peut-il faire trace sans faire bouchon ? Comment la trace peut-elle être fidèle à la précarité de ce qui se manifeste toujours, en un sens, in statu nascendi ?
La « validation par la science », telle qu’elle domine aujourd’hui le monde et la pensée (si cette notion est maintenue, comme disait Beckett), exige au contraire des traces solides, vérifiables, pérennes. Le savoir est un bétonnage des berges entre lesquelles la place pour le flot est de plus en plus étroite.
Une scientificité compatible avec nos pratiques nécessite une définition de la science qui s’exonère du cadre proposé par Popper, lequel s’est imposé par exemple dans le projet de l’evidence-based-medecine.
Mais au-delà de la définition de ce qui pourrait être reconnu comme relevant du champ des sciences, une question se pose : pourquoi faudrait-il que notre champ relève de La Science ? De quoi procède l’oubli de la polysémie du terme grec « επιστήνμη », qui renvoie à science, mais aussi à connaissance ? Quel est le statut du Vrai, si seule La Science est reconnue comme y donnant accès ?
Je m’essaierai, à mes risques et périls, non pas à l’exposé d’une pensée arrêtée, mais à l’exposition d’un trajet pouvant faire apparaître, à l’horizon de son adresse et sur le rideau de fond de scène de son émergence, le dessein/dessin/poème d’une épistémologie de la pas-science.

Organisateurs Xavier BONNEMAISON, Clément FROMENTIN, Benjamin WEIL, Paul-Loup WEIL – DUBUC.
Conférence en présentiel et en visio-conférence
Lieu : ASM 13 -CMP Paumelle, 1er étage, 11 rue Albert Bayet ou 76 Avenue Edison, 75013 Paris – Inscriptions, renseignements et inscription : clement.fromentin@asm13.org