Histoire du groupe et de la revue de l’Évolution Psychiatrique

Histoire du groupe, de la Société et de la revue de l’Évolution Psychiatrique

Les débuts de la revue 1925-1939

La première publication de L’Évolution Psychiatrique paraît en 1925 chez Payot, premier éditeur des textes freudiens et est sous-titrée psychanalyse – psychologie clinique. Un peu plus de quatorze ans après le premier article en langue française consacré à la psychanalyse, alors que les revues de psychiatries françaises accueillent les premières contributions d’importance sur les élaborations et les conséquences cliniques de la doctrine freudienne, une dizaine de psychiatres se regroupent pour fonder une revue dont les travaux se veulent contribuer au renouveau d’une psychiatrie ouverte à de nouvelles influences. Elle se positionne comme le lieu d’une confrontation enthousiaste entre les différents domaines du savoir, dans le but de proposer une nouvelle lecture de l’homme aliéné[1].

 

Le premier groupe de l’Evolution psychiatrique est fondé en 1926 et comprend douze membres : René Allendy (1889-1942), Adrien Borel (1886-1966), Henri Codet(1889-1939), Odette Codet (1892-1964), Angelo Hesnard (1886-1969), René Laforgue (1894-1962), Françoise Minkowska (1882-1950), Eugène Minkowski (1885-1972), Georges Parcheminey (1888-1953)[2], Edouard Pichon (1890-1940), Gilbert Robin (1893-1967) et Paul Schiff (1891-1947), dont l’engagement vis-à-vis des idées viennoises est très divers. A l’intérieur même du groupe, beaucoup observent la psychanalyse avec de réserves et empruntent d’autres chemins théoriques (Pichon, Allendy, Minkowski). Cette hétérogénéité s’ancre notamment dans la figure du principal fondateur de la revue, René Laforgue, lui-même premier président de la SPP. C’est lui qui témoigne trente ans après en ces termes : « A vrai dire, je tenais beaucoup à notre Evolution Psychiatrique. J’avais été frappé dès le début par le fait que quelque chose ne semblait pas « coller » dans la mentalité des psychanalystes autour de Freud. Le mouvement de l’EP permettait d’échapper un peu au dogmatisme psychanalytique dont je ne comprenais pas clairement les causes »[3]. Pour Laforgue, le groupe de L’Evolution Psychiatrique, à la fois société scientifique et revue, n’est pas propriété freudienne. Cette place originale, elle la doit à sa création antérieure à celle de la Société Psychanalytique de Paris (1926), et par son indépendance toujours maintenue vis-à-vis de l’IPA (fondée par Freud en 1910). Les membres du groupe sont avant tout des médecins. Le courant psychanalytique est majoritairement représenté, puisque sept des douze futurs membres de la SPP sont présents sur le sommaire du premier tome. Cette influence de Laforgue sur les deux premiers tomes tend à s’amenuiser lorsque la publication devient véritablement une revue périodique, à partir de 1929. Cette nouvelle orientation est l’occasion d’un remaniement de l’équipe de direction. Emmenée par Henri Codet, la vocation de la revue à être le lieu où « « toutes les faces du problème psychiatrique seront tour à tour étudiées, sans distinction de doctrines ou d’écoles »[4]s’en trouve renforcée[5].

Sa publication a lieu pendant quatorze ans jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, à un rythme d’abord irrégulier puis selon une périodicité trimestrielle à partir de 1934. En 1929, le sous-titre : cahier de psychologie clinique et de psychopathologie générale, vient remplacer celui de : psychanalyse – psychologie clinique. Les réunions du groupe se tiennent à cette période à l’institut de psychanalyse puis dans l’appartement des Codet, rue de l’Odéon. Le groupe s’organise autour des conférences mensuelles qui se retrouvent ensuite publiées par la revue. Si les productions qui s’appuient sur les thèses de l’Ecole de Zurich (E. Bleuler, C. G. Jung) et de la psychanalyse forment l’essentiel du contingent des articles.

A l’intérieur du groupe des dits psychanalystes, les divergences théoriques l’emportent sur une véritable concordance, en particulier en ce qui concerne la sexualité ; ils se trouvent cependant réunis par un certain nombre de prise de positions vis-à-vis de la psychanalyse. Pour eux, celle-ci vient se substituer à la psychologie classique dominée par l’étude des facultés, l’associationnisme, les théories l’hérédité et de la dégénérescence, doctrines qui se trouvent systématiquement disqualifiées. Un violent mouvement de critique est également porté contre la notion de constitution dans un numéro spécial consacré à son examen, qualifié de véritable « pamphlet » par Lantéri-Laura. Car c’est à cette psychologie périmée que la psychanalyse s’oppose et non à l’exercice psychiatrique en tant que tel. Concernant sa mise en œuvre et les présupposés techniques qui la guident, un certain flou entoure son application. Pour ces premiers psychanalystes français, la psychanalyse n’est pas réductible au dispositif analytique classique, la question de la pratique en institution en dehors du cadre d’une « cure type » est quasiment absente des considérations de l’époque. Par ailleurs son domaine d’application ne se révèle pas limité : malgré les préventions de Freud, on l’utilise pour l’abord des psychotiques et des enfants. Enfin, sa finalité repose sur une meilleure compréhension de la psychogenèse des troubles mentaux et une thérapeutique voulue plus fine et plus efficace. Elle soutient en particulier un immense espoir concernant la compréhension et l’étude de la psychose dont la genèse instinctuelle paraît décisive. Le contenu hermétique du délire se découvre lisible et propre à accueillir un sens qui restait celé.

A partir de l’année 1934, la revue devient véritablement trimestrielle. Henri Codet et Eugène Minkowski en sont les rédacteurs en chef délégués. Une nouvelle génération vient collaborer à la revue : Jacques Lacan (1901-1981), Pierre Mâle (1900-1976), Sacha Nacht (1901-1977), et surtout Henri Ey (1900-1977) qui, inspiré par la phénoménologie et les théories de H. Jackson, ne signe pas moins de 6 articles entre 1932 et 1939. Cette « deuxième génération » dont l’ambition intellectuelle est encore plus affirmée que la précédente, participe de faire du groupe de l’Evolutionune véritable « avant-garde »[6].

Le tournant de la seconde guerre mondiale

La catastrophe de la Seconde Guerre mondiale provoque une interruption de la majorité des activités scientifiques en psychiatrie. Pendant l’occupation, les livres de Freud et de Jung figurent sur la liste Otto et la pratique de la psychanalyse devient clandestine ([21] ; p. 242)[7]. A la différence de la société médico-psychologiques, dont les activités et les publications se poursuivent pendant les hostilités, les activités officielles du groupe et de la revue de l’Evolution psychiatrique cessent de 1940 à la libération, même si quelques réunions continuent à se tenir à Bonneval (en 1941-42 et en 1943 avec le premier colloque de Bonneval).

L’hécatombe des malades qui s’est produite pendant la guerre à cause de la famine et des mauvais traitements (45 000 décès) provoque une prise de conscience des praticiens qui se fédèrent autour d’un « plus jamais ça ! »[8]. Avant même la fin de la guerre, la Société médico-psychologique convoque une séance spéciale, le 26 juin 1944, destinée à formuler les vœux en faveur de l’assistance psychiatrique. Sous l’impulsion de G. Daumézon et L. Bonnafé, H. Ey convoque à Paris les Journées Psychiatriques nationalesen mars 1945 et 1947, qui réunit à Paris l’ensemble de la profession. Les perspectives ouvertes par l’exemple de Saint-Alban sont largement évoquées alors même que la révolution psychiatrique qui s’annonce doit s’appuyer sur la psychanalyse et la sociothérapie : elle annonce ce grand courant de transformation des soins et de l’assistance qui prendra le nom de psychothérapie institutionnelle.

La revue recommence à paraître à partir de 1947 chez Desclée de Brouwer dans la collection Bibliothèque neuropsychiatrique de langue française, avec un comité de rédaction remanié. A la suite du décès de R. Allendy (1889-1942), de H. Codet (1889-1939), de S. Morgenstein (1875-1940), d’E. Pichon (1890-1940) et de P. Schiff (1891-1947), il se reconstitue à partir de la génération de jeunes psychiatres qui se sont formés dans les années 30 et qui étaient déjà actif dans l’entre-deux guerre : J. Lacan, P.-G. Mâle, M. Cénac (1891-1965) et H. Ey. Ce dernier va être amené à prendre une importance décisive dans la reconstruction de la psychiatrie française et un rôle central au sein de l’Evolution Psychiatrique. Il prend la direction de la revue avec E. Minkowski à partir de 1947 et est également nommé secrétaire général de la société, fonctions qu’il ne quittera qu’en 1974. Dans les années suivantes, Daniel Lagache (1903-1972), Marcel Montassut ( – 1976), J. Rouart et Paul Sivadon (1907 – 1992) viennent compléter le comité de rédaction qui reste stable sous cette forme pendant une dizaine d’années. Une politique d’extension et d’ouverture de la société est lancée, notamment à destination des psychiatres en formation. Les statuts du groupe sont révisés en 1949 : le nombre des membres titulaires est fixé à 70, tandis que le nombre des membres correspondants devient illimité. Enfin, l’assemblée générale de mars 1951 décidé la création de Sections provinciales du Groupe de l’Evolution Psychiatrique. En 1955, la société discute d’un projet de la création d’un groupe de l’Evolution psychiatrique au Canada sous l’égide du Dr Azima de Montréal. 

Chronologie des années d’après-guerre.

1945-47 : Journées psychiatriques nationales à Saint-Anne

1945 : Création du syndicat des Médecins des hôpitaux psychiatriques et de sa revue : L’information psychiatrique.

1946 : Colloque de Bonneval : Lacan, Rouart, Follin, Ey, Bonnafé. Le problème de la psychogénèse de la névrose et de la psychose, publié en 1950.

1947 :L’Evolution psychiatrique recommence à paraître.

1948 : Création par Paul Sivadon du 1er CTRS de Ville Evrard et de l’Elan Retrouvé.

1948 : Publication du premier des Etudes psychiatriques, par H. Ey.

1949 : Manifeste : La psychanalyse, idéologie réactionnaire. Dans la revue La Nouvelle critique, la revue des intellectuels du parti communiste. Signataires : L. Bonnafé, S. Follin, J. et E. Kestemberg, S. Lebovici, L. Le Guillant.

1950 : Premier congrès mondial de Psychiatrie à Paris

1950-55 : Première édition du traité de Psychiatrie au sein de l’Encyclopédie Médico-chirurgicale.

1951 : Début du séminaire de Lacan à Sainte-Anne

1952 : Revue Esprit : Misère de la psychiatrie.

1952 : Le syntagme apparaît pour la première fois en 1952, dans un article intitulé « La psychothérapie institutionnelle française », publié dans la revue Anais Portugueses de Psiquiatria, signé par G. Daumézon et Ph. Koechlin.
1952 : Premiers essais sur le « 4560 RP » (la Chlorpromazine) à Saint-Anne par Delay et Deniker

Psychiatrie sociale et Marxisme.

Les membres les plus dynamiques du Groupe sont de la même génération et se sont formées dans l’entre-deux guerre, la plupart ont été chef de clinique à la Clinique de la Faculté d’Henri Claude ou ont passé le concours de l’internat des Asiles de la Seine. Mais cette génération se caractérise aussi par une diversité et par des orientations irréconciliables[9]. Pourtant, malgré ces divergences, le souci du dialogue et de l’échange authentique persiste. Jusqu’au milieu des années 1950, les comptes-rendus des conférences de l’Evolutionportent les marques de cette sociabilité fondée sur le débat et caractérisée par une grande hétérogénéité. Cette conflictualité se marque notamment autour du groupe des psychiatres marxistes, marqué par leur expérience de la guerre, et qui participent dans l’immédiate après-guerre à transformer les institutions psychiatriques. A travers une série d’articles publiés dans la revue en 1948, ils lancent les prémisses d’une ambitieuse refonte de la connaissance de l’expérience de l’aliénation, dans deux numéros intitulés : Psychiatrie Sociale[Evolution Psychiatrique, 1948, fasc. III.] et Valeurs humaines et Psychiatrie [Evolution Psychiatrique, 1948, fasc. IV, numéro exceptionnel]. Les interventions de L. Bonnafé[10]et de S. Follin[11]s’appuient sur le matérialisme dialectique qui leur permet de considérer le fait psychiatrique à partir de ses déterminations sociales, politiques et historiques. Seule la méthode historique est capable de cette prise en compte globale. Il s’agit de rompre avec la notion d’une folie essentielle et immuable pour reconnaître la présence d’une « aliénation mentale en soi » de l’homme ». De la même façon que les débuts de la science psychiatrique sont contemporains de la dissolution des conduites magiques traditionnelles, le psychiatre, qui est à la fois « spectateur et producteur » de la folie doit reconnaître sa propre aliénation lorsqu’il « fétichise » la folie et fait des malades des êtres « étrangers, « hors de la nature humaine ». L’éclosion de la névrose contemporaine (inséparable de sa mise à jour par Freud) ne peut se peut être pensée sans comprendre le moment historique du « déclin de l’imago paternelle » (J. Lacan). L’objet de la psychiatrie n’est pas un objet immuable, il est un objet historique qui change de nature « avec la connaissance qu’en prend le psychiatre. » De la même façon, faute d’avoir entendu la leçon de Pinel, qui est avant celle d’une « démythification » le monde psychiatrique offre « le spectacle désolant d’une organisation technique et sociale en faillite. »

Ces positions sont totalement opposées à l’organo-dynamisme d’Henri Ey et révèlent sur ce point une ligne de front d’une grande cohérence. Bonnafé ambitionne un grand travail, fondé sur la méthode historique et la théorie marxiste qui appuieraient cet intérêt de l’histoire pour la démarche clinicienne et qui montrerait comment des pratiques peuvent être transformées par le renouvellement des questions que le clinicien se pose à lui-même et des conceptions qui lui servent à penser. Ce programme trouvera notamment un écho dans une conférence de L. Bonnafé prononcée en octobre 1965 à l’Evolution« le personnage du psychiatre, III »[12]mais il ne sera pas réalisé et dans les années suivantes les travaux du groupe marxiste trouveront davantage leur place dans l’Information psychiatrique que dans la revue d’Henri Ey.

 

Henri Ey et l’Evolution Psychiatrique

La position dominante d’Henri Ey qui l’a fait si souvent qualifié de « pape de la psychiatrie » est sans doute attribuable à trois aspects prédominants de son action. Il est d’une part l’auteur d’une théorie ambitieuse, unificatrice, qui donne à la psychiatrie sa place à l’intérieur de la médecine, en dialogue avec la neurologie et la phénoménologie, tout en lui conservant sa spécificité : l’organo-dynamisme. Formulée très tôt, dès les années 1930, sa fortune est cependant dissipée par le succès de la psychanalyse et du structuralisme à partir du milieu des années 1950. Par ailleurs, il est un très dynamique acteur institutionnel qui arrive à fédérer les psychiatres autour de projets ambitieux. Projets politiques : la mise en place du syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques dès 1945, organisation du premier congrès mondial de Psychiatrie en 1950, ambition de séparer de la neurologie et de la psychiatrie, réorganisation de l’enseignement de la psychiatrie avec la coordination du Livre Blanc (1965-67) ; et projets éditoriaux, à l’Evolutionbien sûr mais aussi le monumental Traité de Psychiatriede l’Encylopédie médico-chirurgicalequi rassemble de 1950 à 1955 les contributions de plus d’une centaine d’auteurs, parmi lesquels se trouve une majorité des membres de l’Evolution[13]. Enfin, Ey poursuit la tradition française de l’enseignement non universitaire, aspect qui va être détaillé en temps qu’il intéresse directement la revue qu’il dirige et qui va contribuer à former plusieurs générations d’internes.

L’enseignement d’H. Ey à Sainte-Anne et le Cercle d’Etude Psychiatrique 

Les activités d’enseignant d’Henri Ey commencent dès ses années de clinicat. De 1932 à 1938, ces conférences sont avant tout destinées à préparer les internes au concours des Hôpitaux Psychiatriques. Elles se poursuivent pendant la guerre à la bibliothèque de Sainte-Anne et leur audience s’amplifie d’un public fidèle après la libération jusqu’à compter une centaine d’internes tous les mercredi après-midi. Ey ne donne pas de conférences, il les « offre » selon le mot de G. Daumézon : conférences brillantes, servies par l’érudition et les qualités oratoires du conférencier. L’après-midi débute par deux présentations de malades par H. Ey et S. Follin à l’amphithéâtre Magnan (un malade clinique et un malade médico-légal) puis l’auditoire se transporte à la bibliothèque médicale pour l’exposé d’une question. A la fin du cycle (qui dure 2 ans), Ey consacre la dernière conférence à « un survol » de l’Histoire de la Psychiatrie… Tous ses auditeurs soulignent la très grande qualité d’écoute du conférencier qui donnait toujours l’assurance à son interlocuteur, même si les débats pouvaient être vifs, d’être traité sur un pied d’égalité. Cet enseignement est plus qu’un groupe d’études, c’est une Ecole, « animée par son « leader » » mais où l’esprit qui domine est celui « d’une intellectuelle infidélité à l’égard du maître. »[14]

En 1952, Henri Ey crée le Prix de L’Evolution Psychiatrique. Il s’agit d’organiser sous le patronage de l’Evolution Psychiatriqueun concours de conférences parmi les internes. Cette reprise du séminaire est nommée Cercle d’Etudes psychiatriques. Ces conférences sont conformes au projet de Ey de constituer une « histoire naturelle de la folie », projet qu’il porte depuis le début des années 1940 mais qui se voudrait aujourd’hui une œuvre plus collective. Ces conférences d’internes sont publiées et réunies en volumes périodiques nommés Entretiens Psychiatriquesdont la publication s’étale de 1952 à 1967. Pour Ey, qui le rappelle souvent dans ces préfaces, ce séminaire s’inspire de l’esprit d’« avant-garde » que constitue l’Evolution Psychiatrique.

« Je ne dirai certes pas que nous sommes ici un groupe de jeunes psychiatres car ce serait m’en exclure douloureusement, mais je dois dire que nous représentons ici une tradition d’avant-garde et d’indépendance. Somme toute, vous comme moi, nous faisons partie de l’Evolution Psychiatrique. Or, je ne le dirai jamais assez, ce mouvement si important pour le proche passé et l’avenir de la Psychiatrie française, s’est toujours défini par ses recherches systématiques de positions psychopathologiques qui n’excluent ni les études biologiques, ni les études cliniques, ni les études psychanalytiques. C’est à un mouvement incessamment renouvelé non d’éclectisme mais de synthèse critique que je vous ai toujours conviés, en vous mettant en garde contre les particularismes doctrinaux exclusifs incompatibles avec la totalité structurale et dynamique que nous appelons les maladies mentales. »[15]

Pourtant, il est difficile de suivre Ey quand il associe l’Evolution Psychiatrique et l’avant-garde après-guerre. Celle-ci se recrute plutôt du côté de la Société Freudienne de Paris ou de l’Information psychiatrique. L’engagement de l’Evolution Psychiatrique dans les luttes pour la mise en place de secteur reste très modéré. Néanmoins, il est indéniable que ce Cercle d’Etudes Psychiatriques sous patronage de l’Evolution(Minkowski et Daumézon y assistent) constitue une caisse de résonnance et de débat de tous les courants novateurs qui irriguent la psychiatrie de l’après-guerre. Plusieurs des figures marquantes de la jeune psychiatrie viennent se prêter à cette joute organisée par H. Ey : Ph. Paumelle, H. Chaigneau, A. Green, J.-L. Donnet, J. Azoulay, M. Neyraut, A. et J. Ochonisky, L. Colonna, A. Didier-Weil, S. Leclaire, et bien d’autres. P.C. Racamier obtient le premier prix en 1952 pour une conférence intitulée « Hystérie et Théâtre », G. Rosolato l’obtient en 1956 pour « Sémantique et altération du langage » ; Lantéri-Laura en 1957 pour « Philosophie, Phénoménologie et psychiatrie ». Les sujets traités sont extrêmement divers, de la biologie à la psychanalyse, de la phénoménologie à la littérature. Qu’on en juge par quelques titres : « la psychopathologie du post-électrochoc », « les problèmes ethnologiques en psychiatrie », « l’ATP et l’énergie vitale du cerveau », « une méditation sur Saint-Genêt Comédien et martyr »…

A partir des années 1960, le Cercle d’Etudes Psychiatriques est dirigé par A. Green (Ey reste secrétaire) et reçoit la collaboration pour les conférences des principaux élèves de Ey et quelques psychanalystes : R. Angelergues, C. Blanc, G.-C. Lairy, G. Lantéri-Laura, G. Rosolato et C. Stein, c’est-à-dire une bonne partie des nouvelles recrues du comité de rédaction de l’Evolutionde la fin des années 1950.Ce lien étroit entre les activités d’enseignement et la revue est un véritable choix politique, orchestrée par Ey qui arrive via ce dispositif à coopter une bonne partie des jeunes psychiatres les plus brillants de l’époque mais aussi unifier un champ psychiatrique fragmenté entre de multiples orientations. Représenter toutes les tendances à part égales et n’en exclure aucune : tel semble être le défi réussi que semble s’être lancé Ey. Après les différentes scissions des mouvements psychanalytiques, Green (SPP), Lagache (APF), Lebovici (SPP), Lacan (EFP) acceptent de se côtoyer sur l’ours de la revue. L’Evolution Psychiatrique est ce rêve d’H. Ey, ce lieu de synthèse où les différences et les antagonismes se côtoient sans se rejeter.

De nombreux textes publiés par la revue sont souvent eux-mêmes des textes des conférences mensuelles organisées sous l’égide de l’Evolution Psychiatrique. Il ne s’agit plus de conférences d’internes mais d’orateurs qualifiés. En 1958, S. Leclaire, élève de Lacan, prononce sa célèbre conférence  « l’obsessionnel et son désir » tandis que G. Pankow, qui tient elle-même un séminaire à Sainte-Anne discourt sur « L’image du corps dans un délire chronique » [16]J. Lacan, qui reste mentionné comme membre du comité de rédaction de la revue jusqu’à sa mort, intervient en 1962 sous le titre de « De ce que j’enseigne » et en 1967 prononce une « Conférence sur la psychanalyse et la formation du psychiatre » (plus connue sous le titre « Petits discours aux psychiatres ». On peut encore mentionner les interventions de J. Postel, en 1967 : « les troubles de la reconnaissance de soi au cours des démences » et en janvier 1968, celle de Paul Ricœur « la question du sujet : contestations et renouvellement ». Le cœur vivant de la revue est donc formé par ces conférences dont la sténographie ou la réécriture viennent ensuite occuper l’espace de la revue. Une partie importante du contenu éditorial est constitué par cette parole qui ne devient texte que secondairement, parole prononcée pour nourrir un débat dont les minutes sont elles aussi publiés. Echanges et débats : aucune revue durant cette période d’une vingtaine d’années qui sépare la Seconde Guerre mondiale de mai 68, n’accueille une telle diversité et ne donne à la psychiatrie cette ambition d’être un « objet de pensée » (Green). Et si l’EPne symbolise pas une avant-garde sur le plan politique ou théorique, elle continue à former sous la houlette de Ey à une psychiatrie informée et exigeante qui ne cède pas sur son dialogue avec les sciences humaines (la linguistique, la philosophie, l’ethnologie, la psychologie, la psychanalyse et la recherche fondamentale)

La crise des années 1970 de l’Evolution Psychiatrique

Le départ d’Henri Ey, à la fin de l’année 1973, après 27 ans passés aux commandes de la revue constitue un tournant. C’est Etienne Trillat (1919-1998) qui est nommé rédacteur en chef[17]. Celui-ci est un médecin des hôpitaux psychiatriques depuis 1951, a été assistant à H. Rousselle avant d’être nommé à Clermont de l’Oise. Acteur important de la sectorisant psychiatrique, il est depuis 1960 médecin chef à l’hôpital Maison Blanche. Trillat appartient à la génération des psychiatres formés par Ey au début des années 1950. Il a lui-même participé à la première promotion des internes des Entretiens psychiatriques avec un travail sur « L’apport de la phénoménologie de Merleau-Ponty au problème de l’aphasie ». C’est un homme d’une grande culture et qui n’est d’aucune chapelle : c’est deux aspects concourent sans doute à le faire nommer rédacteur en chef. Car à la différence de Claude-Jacques Blanc ou de Henri Bernard, il n’est pas un élève orthodoxe de Ey. Ces textes comportent bien plus de points d’accord avec Freud, Bonnafé, voire Foucault qu’avec l’organo-dynamisme de Ey. Il faut noter également qu’il n’est membre du comité de rédaction que depuis 1971. Il est secondé dans ses fonctions éditoriales par Lucio Covello (1931-…), puis rapidement par J. Postel à partir de 1976. Le reste du comité de rédaction évolue peu.

  1. Trillat à la revue et René Angelergues à la Société héritent d’un contexte de crise. Comme l’indique le premier éditorial du nouveau rédacteur en chef, avec le départ de Ey, voici venu le temps des « remises en question ». La rédaction s’interroge sur la pluridisciplinarité et l’ouverture dont se sont toujours revendiquées la revue et qui sont maintenant entrevus comme la menace d’un « éclatement ». Le problème est double : il concerne d’une part l’extrême hétérogénéité de la psychiatrie ; de l’autre, il renvoie au positionnement de la revue et de la société face à cette nouvelle recomposition du champ. René Angelergues le secrétaire général de la société souligne combien la psychiatrie est fragmentée par des orientations différentes voire irréconciliables (plusieurs écoles analytiques, courant biologique, courant institutionnel, courant antipsychiatrique), « processus indispensable à l’approfondissement de la connaissance, mais rendant plus difficile les confrontations entre les divers plans de recherche. »[18]Green se demande si dans ces conditions, le principe de rencontres entre des groupes différents reste pertinent alors même que les arguments des uns et des autres sont trop connus pour qu’ils puissent donner lieu à un véritable échange. La profession psychiatrique elle-même s’est transformée avec un doublement de son effectif et son choix préférentiel d’une pratique privée, orientée par la psychanalyse. Ceux qui se forment se tournent donc vers les écoles de psychanalyse et délaissent les événements organisés par l’EP. Ey et Lebovici font le constat d’un vieillissement de la société : les groupes de travail ne trouvent plus l’élan suffisant pour continuer à se réunir. Les colloques et les tables rondes patronnés par l’EP se font plus rares. Du même coup, la source de production, qui provenait pour une grande part des conférences et des colloques s’appauvrie.Depuis la disparition du Cercle d’Etudes Psychiatriques et la mise en place d’un enseignement universitaire de la psychiatrie, la Société peine à recruter de nouveaux membres parmi les jeunes psychiatres. Cette crise se pérennise et les comptes-rendus de 1977-78 s’en font encore l’écho douloureux : Angelergues parle de « stagnation de la société », Trillat de « phase dépressive »[19]. Plusieurs membres (Angelergues, Koechlin) attribuent cette impasse dans laquelle se trouve le groupe à l’engagement politique trop marqué de la fin des années 60 dans lequel il se serait perdu. La rédaction du Livre Blanc, la préparation des trois Journées psychiatriques nationales puis la création du Syndicat des psychiatres français est jugé créateur de confusion. En 1975, la société décide de se séparer de la plateforme d’action syndicale pour se recentrer sur un « retour » au projet de recherche clinique théorique, psychopathologique et épistémologique qui « fut à l’origine pendant trois ou quatre décades celui de l’Evolution Psychiatrique. »[20]Les moments de crises sont aussi l’occasion de transformation et de dépassement. Dans cette période de doutes et de turbulences traversée par l’Evolution Psychiatrique, après le départ puis le décès de la figure tutélaire de Ey (1977)[21], fragilisée par les remises en question de son savoir et de sa pratique par des courants relativistes et sceptiques dont la psychiatrie n’avait jamais connu d’équivalent (antipsychiatrie, psychanalyse, schizo-analyse), il se pourrait qu’une solution se dessine à travers ce qui sera moins un « retour » qu’une « création » pour reprendre un terme bergsonien, celui de la perspective historique.

Les publications de Trillat se développent principalement autour de l’histoire de l’hystérie. Son intervention au colloque de Strasbourg de 1968 « Regards sur l’hystérie »[22]se situe au carrefour des importantes recherches d’H. Ellenberger[23]et de la polémique avec L. Chertok[24]autour de la relation Freud – Charcot. Ces analyses font une large place aux travaux de M. Foucault, moins l’histoire de la folie que La Naissance de la cliniqueet témoigne d’une influence constructive qui dépasse le refus de la génération précédente de l’EP qui s’était exprimée au cours du colloque de décembre 1969 consacré à un examen critique de l’Histoire de la folie à l’âge classique.  Les études de Trillat convergent vers sa grande Histoire de l’Hystérie[95], qui paraît en 1986 et qui reçoit l’année suivant le prix de la société française d’histoire de la médecine.

Georges Lantéri-Laura membre de la société et du comité de rédaction de la revue depuis les années 1970, devient un acteur important du groupe à travers une série de publications ambitieuses qui font converger ses intérêts pour la linguistique, la phénoménologie et l’histoire. Après un ouvrage sur L’Histoire de la phrénologie publié dans la collection d’histoire de la médecine de G. Canguilhem, il met en place à partir des années 80, une histoire des concepts clinique qui va tendre à constituer une véritable philosophie de la psychiatrie.

Cette fin des années 70 s’accompagne aussi d’une montée des recherches en neurosciences, ce dont témoigne les changements qui interviennent dans le comité de rédaction avec l’entrée en 1978 de J.-F. Allilaire, J. Arveiller, F. Caroli, J. Feillard, H. Loo, G. Maruani, D. Widlöcher. Après les débats anti-nosographiques des années 1970, la nosographie et les classifications reprennent de la vigueur. Cet intérêt est sensible à travers la publication en 1977 d’un numéro spécial de l’EP sur « La Nosographie classique à l’épreuve de la psychanalyse et des psychotropes », peu de temps avant la publication de la 3eversion du DSM en 1980.

Jacques Postel et la nouvelle histoire

Après le départ de d’Etienne Trillat, c’est Jacques Postel qui devient rédacteur en chef. Né en 1927, il se forme à Nice avant de passer le clinicat des hôpitaux de la Seine et d’être chef de service à Esquirol puis à Sainte-Anne. Il se forme à la philosophie et à la psychanalyse et est l’assistant de D. Lagache mais quitte l’APF en 1975. Comme pour J. Hochmann, pour lequel la lecture de Folie et déraison dès sa publication en 1961 est une « commotion »[25], et elle éveille chez lui un désir durable pour l’histoire[26]. Il entre à la revue en devenant rédacteur en chef adjoint de Trillat en 1976, puis rédacteur en chef en 1984. J. Postel raconte encore que c’est parce qu’il avait eu l’aplomb de refuser un texte d’H. Ey qui ne lui paraissait pas bon pour sa collection Rhadamanthe chez Privat, que ce dernier en déduit qu’il avait des qualités suffisantes pour être rédacteur en chef. A partir de 1984, Postel est épaulé par deux rédacteurs en chef adjoint, J. Arveiller et F. Caroli.

Ces premières publications historiques datent du début des années 70 et sont consacrées aux débuts de Pinel, à partir d’un fond d’archives inédits, mais là encore ne sont pas accueillies par l’Evolution.L’entrée de Jacques Postel au comité de rédaction de l’EP en 1976 va participer à créer une dynamique spécifique autour de l’histoire au sein de la revue. Il s’agit pour Postel de se démarquer des histoires faites par les médecins, animées par une vision progressive et positiviste :

« L’histoire de la psychiatrie française est encombrée de panégyriques où la vérité est bien difficile à retrouver sous ce fatras de documents remaniés, falsifiés, de ces répétitions de discours académiques et funéraires et d’inaugurations de monuments élevés à la gloire des piliers du pouvoir médical, tous « philanthropes et bienfaiteurs de l’humanité ». … une autre difficulté tient à ce que cette histoire est faite par des praticiens de la médecine et de la psychiatrie, et non par des historiens professionnels. (…) Il est vrai que les meilleurs historiens récents n’ont pas été des psychiatres mais des épistémologues, des sociologues, des philosophes comme Dagognet, Foucault ou Castel. »[27]

Postel rompt avec la tradition des psychiatres historiens et s’engage à la suite de Foucault et contre l’héritage d’H. Ey, dans un acte d’indépendance à l’égard des enjeux corporatistes. S’il souhaite « garder à la revue la même orientation que lui avait donnée Henri Ey, celle d’une grande indépendance à l’égard des diverses écoles, des multiples groupes de pression, et celle d’une ouverture sur tous les champs de la psychiatrique, sans exclusive dogmatique »[28][102], il va donner à l’histoire de la psychiatrie une dimension scientifique mise au service d’une relecture des fondements de la psychiatrie du début du XIXe siècle et de la fondation d’une anthropologie historique. Une véritable histoire de la psychiatrie est d’abord une histoire critique qui cherche à se dépendre du mythe originel de la libération des aliénés de Pinel et que J. Postel va entreprendre à partir d’archives inédites du Fonds Semelaigne. Cet intérêt pour l’histoire va se traduire directement dans la revue qu’il dirige par plusieurs inflexions éditoriales :

L’organisation intérieure évolue avec la création d’une revue spécifique : « le temps qui passe » à partir de 1982, dont l’intitulé fait directement référence au titre de la revue. Cette rubrique est placée sous la responsabilité de F. Caroli et divisée en « aujourd’hui » qui rassemble les notes de lecture, et en « hier » et « avant-hier » deux rubriques directement consacrée à l’histoire.

Les notes de lecture se développent considérablement et s’ouvrent aux ouvrages d’histoire, sans se cantonner aux titres consacrés à l’histoire de la psychiatrie et leur importance en volume est comparable aux analyses d’ouvrages de psychanalyse ou de philosophie. Ils offrent sur une dizaine d’années un large panorama de la production historique contemporaine, montrant ainsi que la discipline historique est conçue comme une des sciences annexes de la psychiatrie.

La rubrique « Hier » est animée par un jeune historien en poste au CNRS : Claude Quétel (né en 1939), déjà auteur d’une histoire des fous et de leurs médecines publiés en 1979, et est sous-titrée : « Documents d’histoire de la psychiatrie ». Elle a vocation à publier des documents historiques inédits ou mal connus. Claude Quétel la justifie ainsi : « L’Histoire de la psychiatrie est une mer profonde où s’irisent à l’infini les analyses les plus contradictoires, les conclusions les plus péremptoires… gloses et exégèses se dressent en d’orgueilleuses superstructures sur des textes et des documents qui, pour être le plus souvent cités, n’en sont pas moins tronqués, voir totalement occultés aux yeux d’un lecteur qui aimerait pourtant, aujourd’hui plus que jamais, pouvoir juger sur pièces. »[29]Le ton est polémique, voire virulent et prend position à la croisée des interprétations. L’exégèse est pour Quétel un « piège ». Il s’agit de revenir aux textes même pour que le lecteur puisse juger directement et établir sa propre signification des textes qu’on lui permet de lire. Il n’est pas très difficile de voir dans cette méfiance une déclaration dirigée contre l’adversaire intellectuel de Cl. Quétel : Michel Foucault.

Le premier texte est « L’inspection d’une maison d’insensés en 1784 ». Dans les trois numéros suivants de l’année 1982, Quétel publie les « Une campagne antipsychiatrique de « La Lanterne ». » qui correspond à la publication du périodique lancé par Henri de Rochefort en mai 1868 qui participe à constituer un des premiers mouvements anti-aliénistes[30]. Cette rubrique permet ainsi de donner ainsi de façon régulière la parole aux malades. Tel que le justifie J. Postel : « l’histoire de la psychiatrie a été trop souvent écrite par les psychiatres pour qu’il ne soit pas souhaitable de publier dans cette rubrique des documents rédigés par les usagers de la psychiatrie eux-mêmes. » ([109], p. 243). Il s’agit de promouvoir une histoire « from below » qui s’établit non plus à partir des énoncés savants du discours médical mais à partir du discours des patients et qui évacue ainsi le problème du diagnostic.

 

Enfin, la Rubrique Avant-hier, encore titré « chronique anachronique » est consacrée à l’antiquité et est animée par Danielle et Michel Gourevitch, parfois secondés par Ch. Brisset. Active à partir de l’année 1980 et jusqu’au milieu des années 1980, les auteurs proposent des observations psychiatriques ou psychopathologiques à partir de textes de l’antiquité. Par exemple, la toxicodépendance de Marc Aurèle ou la folie du roi Saul, etc. Il ne s’agit moins de tracer une continuité entre le savoir antique et le savoir psychiatrique à la manière d’Allendy ou de R. de Saussure que de se livrer à la pratique du diagnostic rétrospectif, tel que Grmek le théorisera un peu plus tard.

 

Pour finir, la revue se fixe l’objectif de traduire et de publier des textes fondateurs de la clinique : celui de Kant sur « les maladies de la tête »[31], de Hecker sur l’Hébéphrénie[32], de Kahlbaum sur la catatonie ou folie tonique[33], etc. Se poursuit ainsi ce mouvement de valorisation de la littérature psychiatrique, qui avait déjà impulsé par la collection Rhadamante chez Privat, poursuivit par bon nombre d’éditeurs et qui se trouve amplifiée par le choix international des textes qui sont mis à la disposition des lecteurs[34]. Ce projet collectif, aux ambitions dispersées aboutit à constituer une véritable bibliothèque du savoir clinique et psychiatrique.

 

Les années 1990, 2000 et 2010.

 

Après J. Postel, c’est Y. Thoret qui assure les fonctions de rédacteurs en chef pendant la période 1991-2003, secondé par Jacques Arveiller. G. Lantéri-Laura est Président de la société, J. Garrabé son secrétaire. Le comité de rédaction compte notamment : J.-F. Allilaire, R. Angelergues, F. Caroli, L. Covello, A.-M. Dubois, A. Green, T. Kammerer, C. Koupernik, S. Lebovici, S. Leclaire, H. Lôo, J. Ochonisky, J. Rouart et D. Widlöcher. Né en 1938 dans l’Ain, Yves Thoret soutient sa thèse en 1968 sous la direction de P. Pichot et porte sur une Etude clinique du syndrome d’automatisme mental.

Il est chef de service au CHS de Bécheville, Les Mureaux et est aussi direct adjoint du Centre de recherches et d’études freudiennes de l’université Paris X – Nanterre.

Il va aussi prolonger cet intérêt pour l’histoire, notamment porté par les textes de G. Lantéri-Laura et de J. Garrabé tout en donnant une plus grande place à un dialogue entre la psychopathologie et littérature, qui est envisagée dans sa dimension spéculative et réflexive.

 

En 2004, c’est Richard Rechtman qui accède au poste de rédacteur en chef. Le premier numéro de l’année est intitulé : Anthropologie et psychiatrie, et marque l’intérêt de la revue pour une discipline qui depuis vingt ans a su « renouveler ses approches, ses objets, et peut-être surtout, son regard sur la psychiatrie et/ ou la santé mentale. »[35]Les membres du comité de rédaction sont David F. Allen, Didier A. Chartier, Pierre Chenivesse, Manuella de Luca, Sophie Kesckemeti, Éric Marcel, Arnaud Martorell et Yves Thoret. En 2005, un numéro spécial est consacré à G. Lantéri-Laura à l’occasion de sa disparition. En 2007, à l’occasion des 80 ans de la revue, le numéro s’ouvre à la republication d’un certains nombres d’articles marquants de son histoire.

 

Depuis 2013, c’est Christophe Chaperot, chef de service à l’hôpital d’Abbeville qui est le rédacteur en chef.

 

 

 

[1]Pour une histoire des débuts de l’EP, voir notamment : Mijolla, A. Freud et la France 1885-1945. Paris : PUF ; 2010. ; Garrabé, J. L’Evolution Psychiatrique in de Mijolla, A. Dictionnaire international de la psychanalyse. Paris : Hachette ; 2005. ; Roudinesco, E. Histoire de la psychanalyse en France (1982, 1986, 1993). Edition corrigée et complété. Paris : Le livre de Poche ; 2010. ; Bourguignon, A. Lilamand, M. « A propos du premier numéro de « L’Evolution Psychiatrique ». », Evolution Psychiatrique., 46, 4, 1981, 1029-1034.

[2]Il est souvent mentionné comme membre fondateur même si sa présence au comité éditorial n’est effective que dans les années 1950.

[3]Boillet D. Les premiers psychanalystes français dans l’évolution psychiatrique, Mémoire de psychiatrie, Faculté de médecine de Créteil, 1984.

[4]La rédaction. Editorial. Evolution Psychiatrique, 1929, serie 2, n°1, pp. 7-8.

[5]Trois signataires de 1925 et 1929 (H. Claude, Damourette, et A. Cellier) cesseront rapidement leur collaboration ([8], p. 15).

[6]Texte non signé, Evolution Psychiatrique, 1947, fasc. I. p.3. Pour une étude approfondie de ce groupe et pour son importance dans l’après-guerre, voir Delille, E. Réseaux savants et enjeux classificatoires dans le traité de psychiatrie de l’Encyclopédie Médico-chirurgicale (1947-1977). L’exemple de la notion de psychose. Thèse de l’EHESS. 2008.

[7]Ohayon, A. Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre. (1919-1969). La Découverte, 2006.La liste Otto, qui fait référence à l’ambassadeur d’Allemagne à Paris Otto Abetz, comprend la liste des ouvrages interdits par les autorités allemandes pendant l’occupation.

[8]Von Bueltzingsloewen, I. L’Hécatombe des fous. Aubier. 2007.

 

[9]EN 1976, Ey se souvient de ces « âpres discussions où s’affrontaient de chacun les tumultueuses conceptions du monde et de la Psychiatrie. » [23].

[10]Bonnafé, L. Le personnage du psychiatre. L’Evolution psychiatrique, 1948, fasc. III, pp. 23-56. ; Bonnafé, L. Interprétation d’un fait psychiatrique selon la méthode historique de Marx et Engels, Histoire d’un mythe. L’Evolution psychiatrique, XIII, 1948, fasc. IV, pp. 75-105

[11]Follin, S. Rationalisme moderne et psychiatrie. L’Evolution Psychiatrique, XIII, 1948, fasc. IV, pp. 107-135.

[12]Bonnafé, L. Le personnage du psychiatre III, L’Evolution Psychiatrique, XXXII, fasc. I, 1967.

[13]Ey, H. Préface Entretiens Psychiatriques n°8. Toulouse : Privat : 1962.

[14]Green, A. Un psychanalyste engagé. Paris : Calmann-Lévy ; 1994.

[15]Ey, H. Préface aux Entretiens psychiatriques n°5, Privat : 1960.

[16]Sur cette place et cette diversité de l’enseignement de la psychanalyse à Sainte-Anne voir Fromentin, C. Dissez, N. Faucher, L. La psychanalyse à Sainte-Anne in Henry, St. Lavielle C. Patenotte, F. L’hôpital Sainte-Anne : Pionner de la psychiatrie et des neurosciences au cœur de Paris. Paris : Somogy ; 2016.

[17]Sur Etienne Trillat, voir Caire, M. http://psychiatrie.histoire.free.fr/pers/bio/trillat.htmconsulté le 26 mars 2017.

[18]Lettre de René Angelergues du 22 avril 1974.

[19]Moment de crise auquel répond le thème choisi pour les journées de l’EP de décembre 1978 : La spécificité de la psychiatrie, un thème emprunté à H. Ey.

[20]R. Angelergues, Compte rendu de l’assemblée générale de 1975

[21]Un numéro spécial d’hommage lui est consacré : 1977, tome XVVII – fascicule III/2.

[22]Trillat, E. Regards sur l’hystérie. L’Evolution Psychiatrique, 2, 1970, pp. 353-364.

[23]Ellenberger, H. La conférence de Freud sur l’hystérie masculine : 15 octobre 1886 : étude critique/ Henri F. ELLENBERGER in L’information psychiatrique, vol. 44, n° 10 (1968)

[24]Chertok, L. « Sur l’objectivité dans l’histoire de la psychanalyse » Premiers ferments d’une découverte. Evolution Psychiatrique, 1970, Vol. 35, n°3 pp. 537-561.

[25]Hochmann, J. Les Antipsychiatries. Une histoire. Paris : Odile Jacob ; 2015.

[26]Entretien de J. Postel avec l’auteur le 10 mars 2017.

[27]] Postel, J. A propos de « La psychiatrie et son histoire ». (Psychiatry and its history). Springfield, Ch. C. Thomas, 1970 – 284 pp./ George MORA Evolution Psychiatrique, vol. 40, n° 2 (1975)pp. 447-458.

[28]Postel, J. Rapport du rédacteur en chef. AG du 23 mars 1984, L’Evolution Psychiatrique, t. 49, n°1, 1984, pp. 929-930.

[29]Quétel, Cl. Documents d’histoire de la psychiatrie. L’Evolution Psychiatrique, t. 47, n°1, 1982.

[30]Carroy-Thirard, J. « Les aliénistes et leur opposition sous le Second Empire », Psychanalyse à l’université, 2, n°6, 1977.

[31]Kant : Essai sur les maladies de la tête. Traduction et notes de J.-P. Lefebvre. Présentation de M. Jalley. L’Evolution psychiatrique, fasc. 2, 1977.

[32]Hébéphrénie de Hecker. Introduction à la traduction du texte de Hecker sur l’hébéphrénie./ Alain VIALLARD L’Evolution psychiatrique. 1985, vol. 50, n°2.

[33]La catatonie de Kahlbaum. La catatonie ou folie tonique. Avant-propos de A. VIALLARDL’Evolution psychiatrique. 1987, vol. 52, n°2.

[34]Cette politique éditoriale n’est manifestement pas sans effet sur l’audience de la revue, en 1984, elle compte 2 061 abonnés. Le nombre de membres titulaires reste relativement stables : autour de 140 au milieu des années 1970, de 130 au début des années 1980. Il culmine à 150 en 1990.

[35]Rechtman, R. Editorial, EP, 69 (2004), p.1