Conférence le mardi 14 mai à 20H, dans le cadre du Séminaire d’Histoire de la Psychiatrie de Sainte-Anne, organisé par le Pr Bernard GRANGER, les Drs Yann CRAUS, Clément FROMENTIN, Jérémie SINZELLE, avec également le concours du Dr François BING.

Le Dr Marc Valleur est psychiatre et ancien chef de service de l’Hôpital Marmottan. Il est membre de la Commission interministérielle des stupéfiants et des psychotropes et directeur de la publication de la publication de la revue Psychotropes spécialisée dans l’addictologie. Il est auteur de très nombreux ouvrages : avec J.-C. Matysiak, Les Nouvelles formes d’addiction, L’amour, le sexe, les jeux vidéos, Champs Essais, 2010 et Les addictions, Panorama clinique, modèles explicatifs, débat social et prise en charge. Armand Collin, 2006. Avec C. Bucher, Le Jeu pathologique. Armand Collin, 2006.
Argument
Le traité De Alea… de Pascasius Justus, publié la première fois en 1561et récemment redécouvert, peut être considéré comme l’acte de naissance de l’addiction en tant que maladie, tant il contient d’éléments de nos plus contemporains modèles des addictions ;
– L’abus de jeu doit être considéré comme une maladie, et c’est un fléau qui empoisonne l’humanité, et particulièrement la jeunesse, depuis si longtemps qu’il s’étonne d’être le premier médecin à lui consacrer un traité.
– Ce n’est pas le jeu en soi qui est le problème, puisque nombre de personnes n’en font qu’un loisir contrôlé et innocent.
– Mais il va toucher les personnes vulnérables, qui sont celles qui ont un tempérament chaud, ceux qu’aujourd’hui on appellerait des impulsifs.
– Elle le fait en agissant (par les vapeurs) sur le cerveau et l’esprit, produisant un optimisme excessif, les joueurs se mettant alors à attendre du hasard ce qu’il ne pourra jamais donner, étant par définition imprévisible et incontrôlable.
– Le traitement ne doit donc pas consister en des médicaments, mais en une cure par la parole : il s’agit de mettre fin à ces croyances erronées et l’auteur présente d’ailleurs son ouvrage comme un manuel de « self-help ».
C’est bien un modèle de maladie, basé sur l’interaction entre un produit – le jeu – et une personnalité particulière, vulnérable. De même, le traitement préfigure clairement nos plus modernes psychothérapies cognitives.
Cette petite révolution dans l’histoire des addictions, au-delà de la curiosité historique, nous paraît de nature à éclairer des questions toujours débattues sur le statut de ces entités « pathologiques » :
Tout d’abord, l’oubli relatif de Pascasius, resté isolé et sans aucun disciple durant des siècles, questionne l’intérêt pour la société de la notion de maladie addictive, qui n’est redécouverte et répandue que bien plus tard.
Ensuite, les éléments théoriques dont disposait cet auteur au XVIème siècle, évidemment très différents des données neurobiologiques actuelles, conduisent à lier l’addiction à des problématiques bien plus anciennes, de la passion irrépressible à l’habitude comme « seconde nature ».
MODALITES D’ENSEIGNEMENT
Séances de deux heures : une conférence suivie d’une discussion. Les conférences sont faites par les organisateurs ou des intervenants extérieurs historiens ou spécialistes du sujet.
Le deuxième mardi de chaque mois à 20 heures.
Lieu : Amphithéâtre Morel – GHU Paris, psychiatrie et neuroscience – 1 Rue Cabanis – 75014 Paris.
Avec le concours de la Bibliothèque Henri Ey : https://www.ghu-paris.fr/fr/bibliotheque-henri-ey
Conférences ouvertes à toutes et à tous. Pour les internes, seules l’accès en présentiel aux conférences est validant.
Programme complet : https://levolutionpsychiatrique.fr/2023/09/30/seminaire-dhistoire-de-la-psychiatrie-de-sainte-anne/
