Appel à communication : L’épreuve du voyage…au risque de s’y perdre. Deadline de soumission au 5 septembre 2025 

N° Spécial de L’Evolution Psychiatrique, prévu pour être le N°1 de 2026.

Coordonné par Olivier Douville et Yann Auxéméry

ARGUMENTAIRE

Le voyage nous fait souvent rêver d’un ailleurs alors qu’il nous confronte avant tout à nous-mêmes. Faudrait-il alors davantage parler de « voyage intérieur » ? Pourtant, c’est grâce à cet extérieur environnemental, cette décontextualisation, parfois cette décontextualisation en soi, qui va, exprimer l’intime, le révéler, le créer. Mais, le retour s’avère parfois douloureux…

Le voyage est avant tout un révélateur de la clinique comme le matérialise les syndromes de Stendhal et de Paris, les syndromes de Robinson ! Il peut constituer une entité clinique à part entière tel le voyage pathologique du sujet schizophrène ou bipolaire, le voyage dissociatif comme en témoignent les « voyageurs sans bagage » (fugues dissociatives) ou comme en souffrent des populations qui fuient la guerre, la misère, par un « voyage » imposé. Le voyage peut fuir les traumas ou être traumatique : les médecins militaires, les humanitaires voyagent en sens inverse des populations migrantes afin de leur prodiguer des soins.

Le voyage est aussi dépassement de soi, de l’homme « normal » qui se confronte à ses limites, à des environnements extrêmes en expédition scientifique vers le cercle polaire, dans l’espace, en patrouille dans les sous-marins militaires, ou encore, par des pratiques sportives hors du commun (alpinisme, tour du globe en bateau, etc.). N’oublions pas la médecine et la psychologie aéronautique et maintenant, la médecine et la psychologie spatiale mobilisées depuis la potentialité des voyages spatiaux de longue durée. Le paranormal n’est jamais loin. En témoigne la fameuse « affaire des enlèvements extraterrestres » témoignant d’une contagion psychique fantasmatique mais entrainée par un très sérieux professeur de psychiatrie de Harvard par ailleurs prix Pulitzer pour une biographie de Laurence d’Arabie !

Le voyage vise aussi à être thérapeutique. Nous aborderons les voyages intérieurs induits par les substances, les transes et inductions chamaniques, les voyages de sevrage de substances psychoactives. Nous oserions affirmer que toute psychothérapie est un voyage… en terre étrangère.

La clinque contemporaine des errances et des exils douloureux amène à considérer le voyage selon une logique qui, parfois, le dépouille de ses résonnances romantiques et initiatiques, tout à fait importantes par ailleurs. L’errance se distingue du nomadisme, science des lieux, des haltes et des directions, en cela qu’elle ruine l’expérience de trouver lieu et ne se guide pas vers un lieu d’accueil. La clinique de l’errance est généralement une clinique de l’épuisement du sujet dans un trajet sans retour.

Souvent, selon les contextes politiques et climatiques actuels, les exils se déplient dans des collectifs de plus en plus ramifiés selon des lignes de ségrégations et de dynamiques d’exclusions, créant un monde de solitudes d’autant plus enclin à cicatriser ses blessures en rejetant ce qui introduit un trouble, une souffrance, dans l’identité́. La très large situation de l’exil comme mise en dehors du lieu que prolonge une quête d’un autre lieu est bien différente du voyage. Lorsque vous faites un voyage, vous n’êtes pas un refugié́. Dans la clinique des exils éternisés surgissent bien des dilemmes et se rencontrent bien des impossibles psychiques, cumulant la perte de l’origine et l’impossible de se donner un nouveau lieu. Cette expérience radicale du « hors-lieu » est souvent ce que nous reconnaissons et soignons dans les premiers temps d’échange psychothérapeutique.

Alors, embarquons ensemble vers ce numéro spécial…

Deadline de soumission au 5 septembre 2025 !!

yann.auxemery@hotmail.fr

douville.olivier@yahoo.fr